Pour la première fois, un chef d'État libérien s'excuse officiellement pour les violences des deux guerres civiles qui ont ravagé le pays entre 1989 et 2003. Samedi 5 juillet 2025, lors d'une cérémonie de réconciliation organisée à Monrovia, le président Joseph Boakai a présenté des excuses solennelles au nom de l'État.
« À chaque victime de notre guerre civile, à chaque famille brisée, à chaque rêve fracassé, nous disons : nous en sommes désolés », a déclaré le président du Liberia devant un parterre de victimes, d'élus et de représentants de la société civile. Il a reconnu que l'État aurait pu « faire davantage » pour les protéger et promis que tout serait mis en oeuvre pour qu'il ne leur fasse plus défaut à l'avenir.
« Cela initie une guérison »
Ces excuses ont suscité une vive émotion au sein de la population, notamment chez les survivants. Pendant plus de vingt ans, ils réclamaient une reconnaissance publique de leur souffrance. Parmi eux, Maxson S. Kpakio, militant des droits humains et lui-même victime directe des conflits, dit avoir été profondément touché par cette prise de parole inédite.
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« J'attendais ces excuses depuis des années. D'abord d'Ellen Johnson Sirleaf, puis de George Weah. Ils nous ont tous déçus. Quand Boakai a dit : "Je suis désolé pour ce qui est arrivé à cette nation. Je le regrette", c'était comme un seau de glaçons sur moi. Ma colère est tombée d'un coup, confie-t-il à RFI. Assis dans la salle, je voyais encore des représentants du gouvernement qui ont reconnu avoir tué. Ils sont toujours au pouvoir. Mais ces excuses comptent énormément. »
Vers un processus judiciaire ?
Selon lui, ces paroles marquent un tournant. « Les enfants qui ont survécu, aujourd'hui devenus adultes, vivent toujours avec cette douleur. Leurs parents ont été massacrés devant eux. Ils n'ont jamais reçu d'aide. Quand quelqu'un vous dit "je suis désolé pour ce que je vous ai fait", cela initie une guérison. C'est ce que nous attendions. »
Pour Maxson Kpakio, cet acte de reconnaissance est une étape essentielle pour permettre aux Libériens de « se rassembler, reconstruire leur pays, et faire renaître le Liberia ».
Selon les chiffres des Nations unies, les deux guerres civiles libériennes ont fait environ 250 000 morts, des milliers de mutilés, de déplacés et de femmes violées, avec un recours massif aux enfants soldats. À ce jour, aucun responsable n'a été jugé pour les crimes commis. Mais les choses pourraient évoluer : selon nos informations, le bureau de la Cour pour les crimes de guerre sera officiellement lancé le 16 juillet 2025 à Monrovia. Un calendrier d'action pourrait y être dévoilé, relançant l'espoir d'un processus judiciaire, longtemps attendu, pour les victimes.