La colère ne retombe pas au Kenya, deux jours après la répression sanglante des manifestations du Saba Saba, journée historique de lutte pour la démocratie, commémorée chaque 7 juillet. L'ONU s'est dite « très perturbée » par ces violences, qui ont fait au moins 31 morts selon la commission nationale des droits humains, et 25 selon Amnesty International, dont deux enfants. L'organisation évoque également plus de 200 blessés. ONG, experts et citoyens réclament désormais une réforme en profondeur de la police.
Une grande partie des violences se sont déroulées en périphérie de Nairobi, dans des quartiers résidentiels. À Ngong, l'un des épicentres, des affrontements ont éclaté entre les forces de l'ordre et les habitants. Mais des témoins rapportent aussi la présence de milices armées, vues aux côtés de la police.
« On voit des dizaines de vidéos et témoignages montrant ces bandes armées évoluer avec la police, autorisées à frapper les manifestants sous le regard des agents. L'État introduit délibérément ces éléments violents pour discréditer les mobilisations - puis accuse les manifestants de semer le chaos. Ce n'est pas vrai : c'est la police et l'État qui apportent la violence », affirme Patrick Gathara, caricaturiste et analyste politique.
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« C'est illégal, et ça doit cesser »
Des accusations graves, relayées par Amnesty International, qui dénonce l'usage de balles réelles et de gaz lacrymogènes dans des zones densément peuplées.
« Lorsqu'il y a des opérations policières dans des quartiers résidentiels, il faut une autre stratégie. On a vu trop de tirs à balles réelles, trop de gaz lacrymogènes lancés dans les habitations. Et cette montée des milices - de jeunes armés qui s'en prennent aux manifestants et aux commerces - c'est illégal, et ça doit cesser », dénonce Irungu Houghton, le directeur exécutif d'Amnesty Kenya.
Face à ces dérives, le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU tire la sonnette d'alarme. Il dénonce l'usage de munitions létales par les forces de l'ordre, et appelle à des enquêtes rapides et transparentes, pour faire toute la lumière sur les violences.