Madagascar: Vers une aire protégée sur l'île Sainte-Marie?

Cela fait 10 ans que l'on parle de créer une aire protégée autour de l'un des plus beaux endroits de Madagascar. L'île malgache Sainte-Marie, petit bijou de biodiversité marine et terrestre situé à l'est de la Grande-Terre, est menacée par le changement climatique, mais aussi la surpêche et les activités de coupes de bois illicites.

Depuis cinq ans, c'est le Gret qui a fait du développement solidaire sa mission première, qui oeuvre pour permettre à l'île toute entière, ainsi qu'à ses lagons, d'être classée aire protégée. L'ONG internationale a opté pour une approche consultative. Mais obtenir le consensus auprès des 33 000 habitants prend beaucoup de temps, et justement, c'est cette semaine que doit se tenir un conseil de gouvernement sur place, à Sainte-Marie, exceptionnellement, et qui pourrait marquer la première étape de ce long processus.

« Vous voyez, là-bas, au niveau des rochers blancs jusqu'au bord, c'est une zone où on ne pourra plus aller du tout. En dehors, on pourra encore pêcher ». Du bord de la plage de Loukintsy, Hongrie, pêcheur depuis vingt-cinq ans, nous montre du doigt la zone dans laquelle il ne pourra plus aller pêcher si l'aire marine protégée est validée par le gouvernement.

Les fédérations de pêcheurs en accord avec le projet

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« Je suis au courant de la carte qu'ils sont en train d'élaborer. Il va y avoir un gros impact sur nous, jusqu'à ce qu'on s'y habitue. Mais je suis heureux qu'ils mettent ça en place. Parce qu'avant, on avait de belles captures. C'est même moi qui arrêtais quand j'estimais que ma pêche du jour était suffisante, explique-t-il. Maintenant, la ressource a beaucoup diminué. Je sais qu'il y aura des bénéfices par rapport à cette aire protégée. Que ça va permettre aux poissons de se régénérer. Je suis confiant. Ces délimitations, c'est nous les pêcheurs qui les avons proposées, puis décidées. »

Les fédérations de pêcheurs sont effet toutes partisanes du projet. Les opérateurs touristiques rencontrés, également. Néanmoins, plusieurs d'entre eux, à l'instar de Fifou, propriétaire d'un hôtel et vice-président de la confédération du tourisme à Madagascar, regrettent que la sécurisation des zones ne soit pas plus radicale.

« 80% des Saint-Mariens dépendent de la pêche »

« Cette aire marine et terrestre protégée, c'est plutôt une bonne nouvelle puisqu'en fait, le capital naturel est l'unique capital qu'on a à vendre à nos touristes. Donc, bien évidemment, protéger cette ressource, c'est protéger une ressource économique, précise Fifou. Mais moi, j'aurais voulu pour le tourisme avoir quelque chose de plus strict, avec des noyaux durs (des zones interdites d'accès, Ndlr) pour pouvoir conserver le plus possible, quitte à interdire des zones pendant 4 ou 5 ans seulement, pour permettre la régénération des coraux, de la faune marine, et après avoir la possibilité de faire du snorkeling pendant 20 ans. Très vite, on va s'apercevoir qu'on n'a pas fait assez. Mais ce n'est pas trop tard : on peut absolument créer ces zones rapidement et avoir des résultats aussi très rapides. »

Il faut savoir que 80% des Saint-Mariens dépendent de la pêche et 60% en dépendent exclusivement. Donc ça fait que la conservation de cette biodiversité est d'autant plus importante pour la survie et pour la continuité du développement [économique] de Sainte-Marie. Et c'est autant plus important dans un contexte d'accroissement démographique : de récentes études estiment qu'ici 10-15 ans, la population de Sainte-Marie va doubler. Ce qui représente encore une menace supplémentaire à la biodiversité.

Sarah Tétaud Le schéma d'aménagement global est encore amené à évoluer. L'occasion de lever les dissensions restantes, notamment entre piroguiers et gardiens des traditions, qui entendent bien profiter de ces larges consultations pour demander l'interdiction d'accès à d'anciens lieux sacrés. De quoi prolonger un peu plus les discussions, en attendant que l'État se prononce pour acter la création de l'aire protégée.

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