Madagascar: Lynda Nicole Nome-Nanahary - « La Deuxième République ou l'indépendance économique en question »

Alors que Madagascar venait de célébrer le 25e anniversaire de son indépendance, Lynda Nicole Nome-Nanahary, Docteure en Histoire économique, Enseignante-chercheuse à l'Université de Toamasina, Chercheuse associée à l'Institut Ralaimongo d'Histoire et d'Etudes politiques, revient sur la réorientation économique durant la Deuxième République.

Durant la Première République, l'économie malgache est encore marquée par la domination des intérêts étrangers. Nombre d'entreprises et de concessions de la période coloniale restent présentes. L'influence française est aussi réelle dans les domaines politique et culturel. A titre d'exemple, l'ambassadeur de France est fréquemment consulté par le gouvernement malgache dans les grandes décisions. Après la chute du régime Tsiranana, suite au mouvement estudiantin et lycéen de mai 1972, Madagascar entre dans une nouvelle ère.

À partir de 1975 et ce pendant la Deuxième République, le président Didier Ratsiraka choisit une orientation socialiste révolutionnaire comme cadre de sa politique pour transformer la société et l'économie de l'île. Ses idées sont résumées dans la Charte de la révolution socialiste malagasy ou Boky mena.

Économie dirigée

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Pour parvenir à l'indépendance économique de Madagascar, Didier Ratsiraka rompt avec la politique du précédent régime qui privilégie l'économie libérale. Il privilégie une économie dirigée et met en place une politique de nationalisation des entreprises et une expropriation des biens fonciers appartenant à des étrangers, notamment à des Français. Par exemple, en 1979, sur 358 entreprises recensées, 279 appartiennent à des étrangers et 61 seulement à des nationaux.

Les secteurs touchés par la nationalisation sont les banques, les assurances, ainsi que les entreprises commerciales comme la Compagnie Marseillaise de Madagascar et la Compagnie Lyonnaise de Madagascar. Les entreprises de transformation, comme la SOSUMAV (pour la production de sucre), et celles du secteur énergétique, telles EMM, Shell, Esso, Agip, sont également concernées.

Éléphants blancs

Parallèlement, Didier Ratsiraka se consacre aussi à la création d'industries nationales pour produire localement ce dont la population a besoin dans sa vie quotidienne et pour soutenir l'économie nationale. C'est le cas, par exemple, avec l'usine d'engrais chimique ZEREN, les unités mécaniques Toly, et l'usine de café KAFEMA. Toutefois, le problème de gestion fait seulement de ces entreprises des « éléphants blancs » de l'économie malgache. De plus, la détérioration des termes de l'échange, suite au second choc pétrolier, aggrave le problème économique pour Madagascar. On assiste alors à l'échec de l'économie dirigée par l'Etat.

Libéralisme économique

Ainsi, à partir de 1983, Didier Ratsiraka est obligé d'opérer un changement dans sa politique économique. Pour trouver du financement afin de relancer l'économie du pays, il était contraint d'entamer des négociations avec les bailleurs de fonds traditionnels, la Banque mondiale et le Fonds Monétaire International. Ces derniers lui dictent comme nouvelle orientation économique le Programme d'Ajustement Structurel (PAS).

Ce dernier a pour cadre le libéralisme économique et le désengagement de l'Etat des secteurs-clé de l'économie. D'où, à partir de 1988, on assiste à la privatisation d'entreprises étatiques comme les établissements bancaires. L'indépendance économique voulue dans le cadre de la Révolution nationale démocratique ne s'est pas concrétisée en raison de plusieurs facteurs dont le principal est la mauvaise gestion des entreprises étatiques.

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