L'île de Tiwai, en Sierra Leone, a été inscrite ce dimanche 13 juillet au patrimoine de l'humanité par l'Unesco, lors de la 47e session de son Comité du patrimoine mondial. Une reconnaissance pour sa biodiversité exceptionnelle sauvegardée et restaurée par un activiste engagé depuis de nombreuses années.
Avec onze espèces de primates, des éléphants de forêt, un hippopotame pygmée et un oiseau rare au crâne nu, le picathartes, l'île de Tiwai, en Sierra Leone, fascine par sa biodiversité exceptionnelle. Sauvé de la guerre, du braconnage et de la déforestation, ce site naturel rejoint désormais la prestigieuse liste du patrimoine mondial de l'Unesco, aux côtés de la forêt tropicale voisine de Gola.
« C'est une reconnaissance importante, notamment pour les communautés locales qui protègent cet écosystème depuis des années », confie à RFI le ministre de l'Environnement, Jiwoh Abdulai. « La discussion avec l'Unesco a véritablement commencé en 2012, lorsque ces sites ont été proposés comme candidats potentiels au patrimoine mondial. Au fil des années, plusieurs imprévus ont freiné le processus. Mais en janvier 2024, nous avons pu soumettre un premier dossier complet, suivi en octobre d'une mission d'évaluation sur le terrain. Depuis, les efforts se sont poursuivis sans relâche. », poursuit-il.
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Nous espérons que cette reconnaissance internationale générera des retombées concrètes pour les communautés locales, ce qui renforcera les efforts de conservation et nous souhaitons que d'autres sites puissent suivre cette dynamique : Bunce Island, le parc national de la péninsule de la zone ouest, ou encore les montagnes Loma, point culminant de l'Afrique de l'Ouest. La Sierra Leone dispose d'un riche patrimoine naturel qui mérite d'être valorisé à son tour.
« Je suis très heureux, soulagé, plein d'espoir et confiant » dans l'avenir de ces sites, confiait à l'AFP depuis Tiwai quelques jours avant le vote à l'Unesco Tommy Garnett, 66 ans, fondateur en 1992 de l'ONG The Environmental Foundation for Africa (EFA) dont il est le directeur exécutif.
Cet activiste charismatique a consacré sa vie à des projets de protection de l'environnement en Afrique de l'Ouest, en particulier en Sierra Leone et au Liberia. Il est l'artisan avec son ONG de la restauration de l'intégrité environnementale de Tiwai, qui faillit être détruite.
Inlassable engagement
Tiwai et son sanctuaire de faune sauvage, gérés par l'ONG EFA, est une success story dans ce pays d'Afrique de l'Ouest à la biodiversité spectaculaire, mais qui subit une alarmante déforestation due à la prolifération d'activités humaines illégales. Cette île intérieure, atteignable seulement en bateau, mesure 12 km carrés.
EFA a permis que Tiwai devienne un centre de recherche scientifique sur la biodiversité, une destination d'écotourisme et un outil pour l'éducation à l'environnement des jeunes, grâce à une collaboration avec les communautés locales qui ont abandonné certaines activités pour protéger la forêt.
Les revenus du tourisme sont réinvestis pour les habitants (emplois, formation, aide à l'agriculture...). L'écosystème de Gola, situé à plusieurs dizaines de kilomètres au nord de Tiwai, est quant à lui la plus grande étendue de précieuse forêt tropicale humide en Sierra Leone. La décision de l'Unesco est une reconnaissance de l'inlassable engagement de Tommy Garnett.
« Si la forêt meurt, une grande partie de nous meurt avec »
Durant la guerre civile en Sierra Leone (1991-2002), alors que la faune de Tiwai avait été presque entièrement décimée, l'activiste, son ONG et ses donateurs ont sauvé l'île. « Quand nous sommes venus pour la première fois à Tiwai en 2000, toutes les infrastructures de tourisme et de recherche étaient en état de délabrement, le sol de l'île était couvert de cartouches de munitions vides, les gens avaient commencé à abattre les arbres », se remémore-t-il. « Nous avons lancé la sonnette d'alarme : cet endroit était en train de disparaître... »
Ce défenseur de l'environnement se bat alors pour trouver des financements pour reconstruire et pour sensibiliser les communautés locales. En 2006, ces dernières acceptent que le site redevienne un lieu d'écotourisme et de recherche. Et depuis 19 ans, Tommy Garnett et son ONG assurent la préservation de ce havre de biodiversité, faisant face à l'épidémie d'Ebola, au Covid-19 et à des intempéries destructrices.
« Nos vies, nos moyens de subsistance, notre culture et nos traditions sont tellement inextricablement liés à la forêt que si la forêt meurt, une grande partie de nous meurt avec ; c'est pourquoi nous avons la responsabilité de mener les efforts de protection de ces sites », dit-il.
Depuis 30 ans, l'activiste sillonne avec ses collègues les forêts du pays, se confronte aux trafiquants, mène nombre de réunions avec les communautés. Une ténacité et une patience entretenues par une pratique quotidienne du yoga et de la méditation, souffle-t-il. Ces 20 dernières années, plus de deux millions d'arbres ont été plantés dans des zones déforestées en Sierra Leone par EFA, précise Tommy Garnett, dont 500 000 rien qu'entre 2020 et 2023.
