Afrique de l'Ouest: Les excuses de Mamadou Hawa Gassama, membre du CNT malien détenu à Abidjan, au président Ouattara

Mamadou Hawa Gassama, membre du CNT malien, l'organe législatif de la Transition malienne, a été arrêté le 2 juillet à Abidjan, où il est emprisonné depuis. Poursuivi notamment pour « offense au chef de l'État », à cause des propos virulents tenus contre le président ivoirien dans une interview datant de 2022, Mamadou Hawa Gassama a écrit en fin de semaine dernière une lettre d'excuses à Alassane Ouattara. La lettre s'est retrouvée pendant le weekend sur les réseaux sociaux. La procédure judiciaire suit son cours.

« Vous êtes une personnalité que j'admire et respecte pour son dévouement et son engagement dans la résolution des crises politiques et le maintien de la paix dans la zone Cédéao ». Dans cette lettre datée du 10 juillet, Mamadou Hawa Gassama présente ses « plus sincères regrets » et ses « plus profondes excuses » à Alassane Ouattara, assurant qu'il n'avait « jamais été question » de lui « manquer de respect ».

Au cours de l'interview qui a justifié son arrestation à Abidjan, le membre du CNT malien traitait pourtant le président ivoirien de « faso den djougou », littéralement « mauvais fils du pays » en bambara, l'insulte favorite des soutiens de la Transition contre ceux qu'ils considèrent comme - ou veulent faire passer pour - de mauvais patriotes et des ennemis du Mali. Insulte dont sont en fait affublés tous ceux qui osent émettre la moindre critique sur le régime en place. Mamadou Hawa Gassama affirmait même détenir « des preuves » contre le président ivoirien.

À l'époque, la Cédéao imposait des sanctions économiques au Mali, douloureuses pour la population, dans le but de contraindre le régime militaire putschiste à rétablir l'ordre constitutionnel en organisant des élections dans un délai « raisonnable ».

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« Prudence » sur la fuite

Si son avocat confirme l'existence de la lettre, transmise « directement à son destinataire, par les voies idoines », « dans un esprit d'apaisement », Maître Mamadou Ismaila Konaté appelle dans un communiqué à « la plus grande prudence » quant à l'authenticité du texte circulant sur les réseaux sociaux. Un proche de Mamadou Hawa Gassama s'indigne de son côté d'une « fuite » ne pouvant vraisemblablement venir que de la présidence ivoirienne.

La lettre a-t-elle été lue par Alassane Ouattara ? Pourrait-elle changer le cours de la procédure judiciaire ? Sollicitée par RFI, la présidence ivoirienne n'a pas souhaité commenter. Du reste, depuis le début de l'affaire, ni les autorités ivoiriennes, ni les autorités maliennes de transition n'y ont consacré la moindre déclaration.

Dans l'attente des auditions

À ce stade de l'information judiciaire, Mamadou Hawa Gassama est inculpé d'« offense au chef de l'État », « injure par système d'information » et « fausse déclaration ». Le juge d'instruction doit encore auditionner les différentes parties sur le fond avant de décider de clôturer l'affaire ou d'aller jusqu'au procès.

La Côte d'Ivoire et le Mali connaissent des relations tendues depuis les coups d'État militaires au Mali. En juillet 2022, deux mois avant l'interview de Mamadou Hawa Gassama en question, les autorités maliennes de transition avaient arrêté 49 soldats ivoiriens contribuant à la Minusma, la Mission onusienne dans le pays, les accusant d'être des « mercenaires » venus déstabiliser la Transition. Condamnés à 20 ans de prison ou, pour certains, à la peine de mort par contumace, les soldats ivoiriens avaient finalement été graciés. Un an plus tard, Bamako exigeait le retrait de la Minusma.

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