Cameroun: Jean-Pierre Bekolo - L'obsession de l'âge de Paul Biya et l'impuissance de l'opposition camerounaise

13 Juillet 2025

La scène politique camerounaise sombre dans un débat stérile. Alors que le pays attend une offre politique crédible en vue de la prochaine présidentielle, une frange de l'opposition incarnée par Célestin Bedzigui instrumentalise l'âge de Paul Biya pour évacuer les vrais enjeux.

Lors du congrès de son parti PAL, Bedzigui a appelé les candidats "vieux" à se retirer, sans assumer ses propres contradictions.

Cet appel au "jeunisme" révèle une incohérence manifeste. Bedzigui, dont la gestion d'une entreprise publique dans sa jeunesse fut médiocre, a refusé récemment de soutenir le jeune Éric Tsimi portant un projet présidentiel solide. Une hypocrisie qui soulève une question fondamentale : comment l'âge pourrait-il résoudre les fractures structurelles du Cameroun ?

La crise anglophone, née d'une réunification jamais achevée, illustre l'échec d'un système politique verrouillé. Les blocages institutionnels, l'effondrement de l'école publique, l'économie de rente ou la dépendance au franc CFA ne relèvent ni de la sénilité ni de la jeunesse, mais d'un héritage colonial jamais réformé. L'âge de Paul Biya (93 ans) devient une double peine : symbole d'un pouvoir usé, il sert maintenant de prétexte à une opposition qui élude les défis essentiels.

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Pire, cette rhétorique pourrait masquer des manoeuvres souterraines. En brandissant la jeunesse comme vertu cardinale, Bedzigui ouvre-t-il la voie à Franck Biya, présenté comme successeur "moderne" ? Cette focalisation sur l'âge perpétue un imaginaire politique obsédé par la personne de Biya, plutôt que par la transformation du système. Rappelons que Paul Biya lui-même accéda au pouvoir à 49 ans, et que la jeunesse d'Emmanuel Macron n'a pas empêché le déclin français.

L'opposition camerounaise rate ici sa mission historique. Tant qu'elle n'affrontera pas les sujets structurants la nature prédatrice de l'État, la souveraineté monétaire, la justice transitionnelle pour la crise anglophone , elle restera une "opposition décor", complice du statu quo. La jeunesse n'est pas un programme. Seule une rupture avec le pacte colonial et ses relais locaux peut libérer l'avenir politique camerounais.

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