Afrique: États-Unis - Vers une augmentation des taxes sur les transferts d'argent, les pays du Sud inquiets

Les transferts d'argent depuis les États-Unis vers l'Afrique seront bientôt davantage taxés. C'est en tout cas l'une des mesures incluses dans le grand projet de loi de Donald Trump voté il y a 10 jours par le Sénat américain et qui pourrait fortement pénaliser les économies africaines.

Il s'agit là d'une mesure anti-immigration, car elle concernerait uniquement les citoyens qui n'ont pas la nationalité américaine. D'autre part, l'argent récolté avec cette taxe permettrait de financer par exemple la sécurisation des frontières ou encore la police de l'immigration. Et puis enfin cette mesure est censée décourager l'installation de nouveaux migrants aux États-Unis et inciter ceux déjà présents à partir. En résumé, ce n'est pas une vue de l'esprit, et c'est même totalement assumé par l'administration Trump : il s'agit bien d'une mesure anti-immigration.

Dès 2026, si la mesure est bien introduite, tous les transferts d'argent réalisés depuis les États-Unis par des non-citoyens seront taxés à 3,5%. Concrètement, si un membre d'une diaspora veut envoyer 100 dollars à ses proches, il devra payer 6% de frais auprès de l'organisme de transfert d'argent -- c'est déjà le cas - ainsi que 3,5% de taxes. Donc, au total, pour envoyer 100 dollars, cela lui coûtera environ 10 dollars.

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Cela va pénaliser certains pays plus que d'autres : de façon générale, ce sont les pays du Sud qui sont les plus inquiets. L'Inde d'abord, car c'est le pays qui reçoit le plus de transferts d'argent de sa diaspora au monde. En 2024, selon la Banque centrale indienne, ces envois d'argent ont représenté 3,5% de son produit intérieur brut (PIB).

L'Afrique, premier continent impacté

Le continent africain sera le plus touché par cette taxe. Déjà fortement impactée par la décision de Washington de réduire l'USAID et notamment certains programmes de lutte contre le VIH ou le paludisme, ce prélèvement sur les transferts d'argent serait un nouveau coup dur, car les États-Unis deviendraient alors le pays du G7 où les transferts de devises sont les plus coûteux.

Il est important d'avoir en tête qu'en 2024, selon la Banque mondiale, les États-Unis étaient la principale source d'envoi de fonds en Afrique subsaharienne. Sur les 56 milliards de dollars envoyés, 10 venaient d'outre Atlantique.

Selon une étude du Centre mondial de connaissances et d'expertise politique sur les questions de migration et de développement (Knomad), en 2021, c'est le Nigeria qui a reçu le plus de transferts depuis les États-Unis avec plus de 5,7 milliards de dollars. Quelque 20% du PIB du Libéria provient des envois d'argent, dont une grande partie des États-Unis. Le Sénégal est, lui aussi, très fortement dépendant de ces transferts.

Alors, même si ces envois sont davantage taxés, ils continueront car c'est vital, et le risque est que cela se fasse par des circuits informels ou des cryptomonnaies, qui feront naître de nouveaux trafics et arnaques.

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