Afrique de l'Ouest: L'AES va-t-elle quitter l'UEMOA ?

Drapeau de la Confédération des États du Sahel (AES)
16 Juillet 2025
analyse

La deuxième session ordinaire du Conseil des ministres de l’UEMOA de l’année 2025 s’est tenue le 11 juillet 2025 à Lomé, la capitale du Togo, sans bruit, alors qu’il venait de se passer quelque chose d’inédit. En effet, la présidence tournante qui est assurée par la Côte d'Ivoire, depuis décembre 2022, devait échoir au Burkina Faso conformément aux textes statutaires.

Contre toute attente, il y a eu un blocage à la passation de témoin, que certains observateurs avaient du reste envisagé, non sans attirer l’attention sur l’effet contagion de ce qui s’était passé à un degré moindre à la CEDEAO, à ceci près que dans le cas d’espèce, il s’agit d’une organisation qui avait la particularité d’être arrimée à une monnaie commune et à un institut d’émission, la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).

Pour certains en revanche, on en est loin de la crise institutionnelle à l’origine du départ des trois pays de l’AES (Niger, Mali, Burkina Faso) de la CEDEAO. Il s’agit ici d’un des organes de gouvernance de l’UEMOA dont il est question, même si de par son rôle et sa mission, il est au cœur de toute la politique de l’UEMOA. Sa composition elle-même, avec les ministres des Finances et des Affaires étrangères des 8 pays membres et les institutions de l’Union, renseigne à souhait de l’importance d’avoir un organe de ce type stable. Or, il est clair que le différend, que nul ne peut occulter, entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso, n’est pas étranger à la position de la Côte d'Ivoire qui assure la présidence tournante depuis deux ans sur cette affaire.

Le départ des pays de l’AES avant la fin des travaux, faute d’avoir ce mécanisme pour dérouler dans les normes l’agenda et conférer la présidence au ministre des Finances du Burkina est un signal fort à décrypter.

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Malheureusement on semble considérer cela comme un épiphénomène, qui n’a presque pas fait l’actualité, ou d’une manière tout à fait périphérique, et l’histoire semble se répéter.

Tous ceux qui suivent les évolutions politico-économiques au sein de l’AESsavent bien qu’ils ont dans leur agenda la création d’une monnaie AES, après avoir mis en place quasiment tous les attributs de la souveraineté de leur confédération.

Il faut réagir très vite pour éviter de faire basculer l’espace sous-régional dans une instabilité qui ne profitera à personne, alors que l’urgence de conjurer le péril djihadiste est encore plus pressante, au regard du regain de violence armée sur les civils et les militaires dans les trois pays de l’AES et aussi au Bénin frontalier du Niger.

L’UEMOA, jusque-là épargnée par le « gel » des relations politiques entre l’AES et certains pays membres, vient d’essuyer le premier test de résistance de ce qui préfigure une crise au sein de l’UEMOA, qui n’en a pas besoin pour des raisons purement politiques.  Les résultats obtenus par l'UNION qui a réalisé une augmentation de 7,1% de son produit intérieur brut en termes réels au premier trimestre 2025 après une hausse de 7,2% au quatrième trimestre de 2024, d’une part, et d’autre part, un taux de croissance qui devrait atteindre 6,4% en 2025, contre 6,3% en 2024 sous la poussée des secteurs manufacturier et extractifs, n'ont rien à gagner d’un conflit qui naitrait d’un « strapontin », et qui plomberait tous les efforts mis en œuvre depuis 1994.

Cela est d’autant plus sérieux dans le contexte de la sous-région, qui sera le cadre d’élections présidentielles en Côte d’Ivoire au mois d’octobre, en novembre 2025 en Guinée-Bissau, et en avril 2026 au Bénin, avec une probable alternance à la tête de ces pays. Une crise au sein de l’UEMOA qui concernerait presque le tiers des pays membres porterait un coup sérieux à la réalisation de la Vision 2040 de l’UEMOA qui vise à faire de l’UEMOA « un espace économique et monétaire durablement intégré, paisible et prospère, ouvert sur l’Afrique, avec une position stratégique consolidée dans le monde ».

Espérons que les entretiens entre le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et Patrice Talon du Bénin de ce 15 juillet 2025 à Cotonou pourront trouver une solution à cette minicrise au sein de l’UEMOA pour la sauver.

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