Afrique: Quand la finance accélère la transition verte dans le continent

Lancé en 2014 avec un financement de 63,63 millions d'euros provenant du guichet concessionnel du Groupe de la Banque africaine de développement, le Projet d'appui aux infrastructures agricoles de la vallée de l'Ouémé (PAIA-VO) a soutenu 14 localités à travers les districts de l'Ouémé, du Zou et de l'Atlantique au Bénin. Il vise à promouvoir la culture du riz et du maïs et les cultures maraîchères en améliorant les installations hydro-agricoles pour sécuriser la production et en construisant des infrastructures de stockage et de commercialisation pour assurer une meilleure intégration des chaînes de valeur.
16 Juillet 2025

Ce 16 juillet, l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA) a organisé un webinaire dans le but de présenter un nouveau rapport qui révèle comment les institutions financières de développement (IFD), des banques à financement public soutenues par les gouvernements et les organismes multilatéraux sont discrètement devenues les architectes de l'avenir agricole de l'Afrique.

Cet événement a rassemblé des chercheurs et experts dans le domaine agricole, qui ont exposé comment les fonds publics façonnent les profits privés au détriment des petits exploitants agricoles et des alternatives agroécologiques.

À cet effet, Alex Park journaliste d'investigation et chercheur, a présenté les principales conclusions du rapport sur l'alliance entre l'IFD et l'agriculture industrielle. Il a tenu à faire comprendre le rôle des IFD dans la révolution verte africaine.

Selon lui, le plus souvent, les IFD fournissent aux banques des garanties ou des accords de partage des risques. Ainsi, « la banque peut prêter deux sommes différentes à des entreprises différentes. Elle va prêter ses propres capitaux à différentes entreprises et si ces dernières ne remboursent pas leurs prêts, l'IFD couvrira ces pertes » a-t-il expliqué. Pour lui, cela réduit le risque encouru par la banque dans ses propres pratiques de prêt.

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Dans sa présentation, il a souligné un autre type d'intermédiaire financier qui est « le fonds de capital-investissement », qui selon lui, fonctionne de manière similaire. M. Park a mentionné une chose importante, « c'est que lorsque les IFD soutiennent un intermédiaire financier, l'alimentation et l'agriculture font généralement partie des activités de la banque ou du fonds d'investissement privé » a-t-il indiqué.

Parmi ses conclusions, il a mis en avant l’implication des IFD dans l'agriculture africaine soulignant l’intérêt de soutenir l'agro-industrie, les transformateurs et les détaillants, et non les petits agriculteurs.

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Par ailleurs, Mme Mutinta Nketani, coordinatrice nationale de l'Alliance zambienne pour l'agroécologie et la biodiversité (ZAAB), a expliqué comment les entreprises soutenues par les IFD s'emparent des marchés zambiens des semences et des intrants, sapant ainsi la souveraineté des agriculteurs.

Elle a évoqué le Programme de soutien aux intrants agricoles (FISP), présenté comme un moyen de consolider le pouvoir des entreprises sur les systèmes alimentaires. « Dans le budget agricole 2023-2024, 80 à 81% du budget total sont allés aux intrants PC, avec 42 % de la valeur allant à trois entreprises zambiennes » a-t-elle affirmé.

À l’en croire, Kamano Seed, une organisation autochtone et dirigée par des femmes, a reçu la part la plus élevée et a fourni 92 % des variétés de maïs à pollinisation ouverte. Malgré l'introduction de semences à pollinisation libre, elle a assuré que les hybrides du secteur privé dominent toujours le marché.

Ce webinaire a permis à Mme Anne Maina, coordinatrice nationale de l'Association pour la biodiversité et la biosécurité du Kenya (BIBA Kenya), de discuter de l'influence des IFD sur les politiques nationales au Kenya, en particulier dans le secteur de l'agriculture.

Selon elle, l'Alliance pour la révolution verte en Afrique (Agra) a influencé les changements politiques, notamment la révision de la loi sur les semences et les variétés végétales.

De son point de vue, une proposition d'amendement à la loi sur les semences pourrait accélérer le processus d'approbation des nouvelles variétés de semences, ouvrant potentiellement la voie aux OGM.

Mme Maina n’a pas manqué de souligner l’influence des IFD dans le programme de subvention des intrants, en mettant l'accent sur l'agro-industrie plutôt que sur les petits exploitants agricoles. Pour elle, cette influence s'étend aux banques locales, qui accordent des prêts agricoles sous forme de semences, d'engrais et d'autres intrants.

Dans la même perspective, Mme Anne Maina a souligné le succès des stratégies agroécologiques au Kenya avec trois comtés ayant approuvé des politiques agroécologiques prônant la nécessité d'une approche à plusieurs niveaux pour relever les défis du modèle agricole.

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