Depuis quelques années, c'est dans l'ère du temps. La décolonisation militaire est résolument en marche dans les anciennes colonies françaises en Afrique. Leur armée française étant priée de lever le camp, si ce n'est pas elle-même qui, dit-on, en fait la proposition. Souvent le départ se fait dans la douceur, parfois de façon abrupte.
Après le Mali, le Burkina Faso et le Niger, c'est au tour du Sénégal de montrer la sortie. Hier jeudi 17 juillet, le pays de la Teranga a pris le contrôle total du camp Geille à Dakar et de l'escale aéronautique attenante, bouclant le départ définitif de l'EFS (Effectif français du Sénégal).
Pour l'Hexagone, il s'agit d'un départ programmé et concerté, la vulgate officielle utilisée généralement en pareille situation dans les trois pays de l'AES (Alliance des Etats du Sahel), au Tchad, et dernièrement au Gabon. Il y a peut-être un peu de cela. En effet, bien avant que la patrie de De Gaulle ne se retrouve dans le tourbillon anti-français, il y avait une volonté de repositionnement, même dans les pays restés amis, comme la Côte d'Ivoire, le Gabon ou le Sénégal.
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
La rupture ne semble pas totale comme avec les pays de l'AES. Le 43ème BIMA (Bataillon d'infanterie de marine), installé à Abidjan, aurait été transformé en centre de formation et d'excellence. Au Gabon, la base française aurait été convertie en « camp partagé». Au Sénégal, les instructeurs tricolores devraient désormais intervenir à la demande de Dakar, dans des exercices conjoints ou des formations spécialisées. Mais nul n'est dupe, plus rien ne sera comme avant.
En Afrique francophone, reste cette citadelle inexpugnable qu'est Djibouti, la plus grande base militaire en Afrique avec ses 1500 hommes. Un petit pays où convergent d'autres puissances militaires mondiales dans une zone hautement stratégique. Entouré par des Etats à grande capacité de nuisance (Somalie, Ethiopie, Erythrée), ce n'est pas demain la veille que Djibouti demandera le départ des huit bases militaires qui le protègent.
En réalité, si depuis quelques temps, les Etats africains cherchent à casser les chaînes qui les lient aux forces étrangères, le Burkina a montré la voie dès les Indépendances, avec le président Maurice Yaméogo qui avait prôné plutôt le transfert de compétences. A sa suite, Sangoulé Lamizana, lieutenant-colonel à l'époque, s'est attelé à la réduction de l'influence française dans le pays, notamment dans le domaine militaire. En la matière donc, nous occupons le rang de précurseur, avant que, soixante ans plus tard, la soif de souveraineté ne se révèle plus intense.