Guinée: L'État ferme 1 764 usines et retire 40 permis miniers

18 Juillet 2025

Le gouvernement guinéen a ordonné la fermeture de 1 764 unités industrielles à travers le pays et procédé au retrait de 40 permis miniers, dans ce qui apparaît comme l'une des plus vastes opérations de régularisation économique jamais engagées par l'État depuis la transition militaire entamée en 2021.

L'annonce a été faite par le ministre du Commerce, de l'Industrie et des Petites et Moyennes Entreprises, Dr Bernard Goumou, à l'issue d'un conseil de cabinet tenu cette semaine. Selon le ministre, ces fermetures font suite à un audit lancé début 2024, visant à identifier les entreprises opérant en dehors du cadre légal ou en infraction avec les normes environnementales et fiscales en vigueur.

« C'est une décision nécessaire », a déclaré Dr Goumou à la presse. « Beaucoup d'unités fonctionnaient sans agrément, sans respecter les normes minimales de sécurité ou de pollution, ou ne payaient aucun impôt. Ce n'est plus acceptable. »

Un secteur à la dérive

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Les contrôles, menés conjointement par les services du ministère, l'Agence guinéenne de normalisation et de métrologie (AGANOR), et les autorités locales, ont révélé un vaste réseau d'activités industrielles non déclarées, souvent installées dans des zones non aménagées, parfois au mépris des lois sur le foncier et l'urbanisme.

À Sonfonia, dans la banlieue de Conakry, plusieurs petites usines de fabrication de briques et de transformation de ferraille ont été mises sous scellés. Des engins calcinés, des sacs de ciment éventrés et des machines arrêtées témoignent de la brutalité de la mesure. Les ouvriers, eux, sont les premières victimes collatérales.

« On n'a même pas été prévenus. Un matin, ils sont venus avec des policiers. Depuis, c'est fermé », raconte Mamadou Aliou Bah, ouvrier dans une unité de recyclage. Il dit n'avoir reçu aucun salaire depuis deux semaines.

Selon plusieurs témoignages recueillis dans les zones industrielles de Dubréka, Kagbelen et Coyah, l'opération a touché des entreprises de toutes tailles : des unités artisanales aux installations semi-industrielles, dans des secteurs aussi variés que l'agroalimentaire, la menuiserie métallique ou la transformation des matériaux de construction.

Vers un nettoyage du secteur minier

Parallèlement à ces fermetures industrielles, le ministère des Mines et de la Géologie a annoncé le retrait de 40 permis miniers, essentiellement des permis de recherche, mais aussi quelques concessions d'exploitation. Ces décisions s'appuient sur des audits réalisés par la Direction nationale du cadastre minier (DNCMP), qui a recensé un grand nombre de « titres inactifs » ou en infraction avec les termes des conventions signées.

« Nous ne voulons plus de permis dormants », a déclaré Moussa Magassouba, ministre des Mines, en marge d'un atelier sur la gouvernance minière tenu à Conakry. « Un permis est un contrat. Si les obligations ne sont pas respectées, l'État est en droit de le retirer. »

Cette politique intervient dans un contexte de reprise en main du secteur extractif par l'État, déjà marqué par les renégociations de contrats avec les multinationales actives dans la bauxite, comme Winning Consortium Simandou (WCS) ou Guinea Alumina Corporation (GAC).

Réactions mitigées

Du côté des opérateurs économiques, la mesure est accueillie avec prudence. Si certains saluent la volonté de réorganisation, d'autres redoutent une perte de confiance des investisseurs.

« Il faut assainir, oui. Mais encore faut-il créer les conditions d'une régularisation souple. Beaucoup d'entreprises n'avaient pas de titres à jour parce que le guichet unique ne fonctionne pas bien », explique un entrepreneur du secteur du bois, qui a requis l'anonymat. Il évoque des lenteurs administratives chroniques et des tracasseries douanières qui découragent l'investissement formel.

Pour les syndicats et organisations de la société civile, c'est surtout l'impact social qui inquiète. Aucun plan de reconversion n'a encore été annoncé pour les milliers d'ouvriers concernés. L'Union nationale des travailleurs de Guinée (UNTG) a déjà demandé l'ouverture d'un dialogue avec le gouvernement.

« Il ne s'agit pas de défendre l'illégalité. Mais si l'État ferme sans alternatives, on va vers une crise sociale », a prévenu Mamadou Mansaré, vice-secrétaire général de l'UNTG.

Une transition encore fragile

Depuis la prise de pouvoir par le CNRD en septembre 2021, la Guinée tente de redéfinir les bases de son économie. Entre volonté d'assainissement, nationalisme économique affiché et tensions sociales latentes, la ligne reste étroite.

Avec un taux de chômage estimé à plus de 6 % selon la Banque mondiale (et bien plus dans les zones urbaines informelles), ces fermetures massives pourraient fragiliser encore un tissu industriel embryonnaire.

Reste à savoir si cette opération est le prélude à une vraie réforme du climat des affaires ou un simple geste de fermeté dans un contexte de transition politique prolongée.

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