Alors que la Guinée poursuit son Recensement Administratif à Vocation d'État Civil (PN-RAVEC), les chiffres publiés par le Ministère de l'Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD) révèlent des tendances surprenantes. À la tête du classement : Kankan, qui dépasse Conakry, pourtant capitale politique, économique et démographique du pays. Autre fait marquant : la faible représentation de la diaspora, avec à peine 1,55 % des personnes recensées.
Ces données interpellent autant qu'elles éclairent sur les disparités régionales, les dynamiques migratoires internes, et les limites actuelles de l'inclusion diasporique dans les grands chantiers de l'État civil guinéen.
Un classement régional inattendu
Voici le classement des neuf « régions » par nombre de personnes recensées dans le cadre du PN-RAVEC :
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
- Kankan : 2 089 320 (23,27 %)
- Conakry : 1 992 986 (22,19 %)
- Kindia : 1 160 579 (12,92 %)
- N'Zérékoré : 1 094 704 (12,19 %)
- Boké : 774 090 (8,62 %)
- Faranah : 681 972 (7,59 %)
- Labé : 610 636 (6,80 %)
- Mamou : 436 554 (4,86 %)
- Extérieur (diaspora) : 139 082 (1,55 %)
Kankan : un leadership surprenant mais révélateur
Le fait que Kankan dépasse Conakry en nombre de personnes recensées peut paraître contre-intuitif au premier abord. Conakry, capitale hyperdense, polarise habituellement les services, les migrations internes, et les enjeux électoraux. Pourtant, ces chiffres pourraient traduire plusieurs réalités :
- Une meilleure mobilisation administrative dans la région de Kankan, bastion politique et symbolique historiquement influent ;
- Une répartition plus homogène de la population recensée en zone urbaine et rurale dans cette région ;
- Une difficulté à recenser les quartiers informels de Conakry, souvent densément peuplés mais administrativement flous.
Une diaspora sous-représentée
Avec seulement 139 082 Guinéens recensés à l'étranger, la diaspora affiche une représentation infime dans ce processus pourtant censé être inclusif. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce chiffre :
- Manque de sensibilisation ou de logistique dans certains pays d'accueil ;
- Méfiance ou désintérêt politique de certains expatriés ;
- Contraintes administratives, comme l'éloignement des consulats ou la complexité des procédures d'enrôlement.
Pour un pays où la diaspora joue un rôle économique vital notamment via les transferts financiers cette marginalisation statistique interroge sur la volonté réelle d'intégrer pleinement les Guinéens de l'extérieur dans les processus d'identification et de participation citoyenne.
Enjeux politiques et électoraux
Le PN-RAVEC, au-delà de sa dimension administrative, constitue un préalable au futur fichier électoral. Dès lors, ces chiffres prennent une tournure politique directe. Le poids électoral relatif de chaque région pourrait être redéfini, notamment si ces données servent de base à la répartition des électeurs ou des sièges.
La domination de Kankan, combinée à la faible représentation de régions comme Mamou ou Labé, pourrait raviver des suspicions de déséquilibres politiques, dans un pays où les identités régionales sont souvent instrumentalisées.
Quant à la diaspora, son absence numérique pourrait à terme affaiblir ses droits politiques, notamment en matière de vote à distance ou de représentation institutionnelle.
Des chiffres, mais encore beaucoup de questions
Le classement du recensement RAVEC par région révèle des réalités contrastées. Il met en lumière l'efficacité administrative de certaines régions, mais aussi les fragilités persistantes dans la gestion des zones denses comme Conakry, et la sous-intégration criante des Guinéens de l'étranger.
Derrière ces pourcentages, il y a des enjeux de reconnaissance, de représentation équitable, et de légitimité des processus démocratiques à venir. Car un recensement n'est pas qu'un acte administratif : c'est une photographie politique du pays, qui déterminera demain qui peut voter, qui peut être représenté, et comment l'État se déploie sur l'ensemble de son territoire et au-delà.
Le classement des régions par nombre de personnes recensées au PN-RAVEC révèle une surprise : Kankan devance Conakry. La diaspora guinéenne, elle, reste quasi invisible avec seulement 1,55 % des enrôlés.