Maroc: Les producteurs de cannabis légaux incités à cultiver la variété locale pour économiser l'eau

Le Maroc reste l'un des plus grands producteurs de résine de cannabis dans le monde et le premier fournisseur de l'Europe.

Le Maroc est le plus important producteur de cannabis de la planète, selon l'ONU. En 2021, le royaume a légalisé la culture de cette plante pour les usages médicaux et industriels, une légalisation qui pourrait avoir, à terme, un impact positif sur les ressources en eau.

Dans les montagnes du nord du pays, la variété endémique, la beldia, a perdu du terrain, ces dernières années, face aux variétés importées d'Europe par les trafiquants de drogue, des hybrides plus puissants qui provoquent davantage d'effets psychotropes, un cannabis surtout bien moins adapté aux conditions climatiques locales et qui a besoin d'être irrigué. Par conséquent, les autorités incitent à cultiver la variété endémique.

Abdelilah produit du cannabis légal, depuis trois ans. Il a vu apparaître dans sa région un nouveau type de plante. « Les variétés qui viennent de l'étranger - la Critikal, la khardala - exigent une irrigation intensive, certaines doivent être irriguées jusqu'à une fois tous les quinze jours, pendant trois mois. C'est beaucoup », précise-t-il, surtout, dans un pays qui est entré dans sa septième année de sécheresse, avant d'ajouter que « l'eau manque. La pluie s'est raréfiée. Les gens préfèrent garder l'eau pour arroser le blé par exemple et pour la maison, pour avoir de quoi boire. »

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Boudée par les trafiquants, la variété locale de cannabis présente pourtant un avantage : « La beldia, elle, la pluie lui suffit. Si elle manque d'eau, on va l'arroser un peu, mais ça va, elle ne consomme pas beaucoup », tient à souligner Abdelilah. Les autorités marocaines incitent aujourd'hui les producteurs légaux à se tourner vers la beldia. En 2024, cette variété était la plus cultivée dans le royaume et représentait plus de 70 % du cannabis autorisé.

Préserver et développer la beldia

Dans le Rif, dans les montagnes du nord du Maroc, zone de production du cannabis, les champs s'étendent à perte de vue. Ce sont des petites parcelles, très bien équipées. À côté du matériel d'irrigation classique, comme le goutte-à-goutte, se sont développées, ces dernières années, des infrastructures plus lourdes. Partout, des réservoirs d'eau miroitants ont été creusés pour la culture des hybrides.

Ces variétés, destinées à l'exportation illégale et plus gourmandes en eau que la variété locale, menacent aujourd'hui un environnement fragile, selon Jaber Lahbabi, cofondateur de la coopérative de transformation Biocannat.

« En Europe, il y a un marché. Tout est illégal, il y a du trafic ; il y a beaucoup d'argent et l'argent, bien évidemment, amène l'appât du gain rapide qui a transformé aussi le paysage de cette région avec des zones où l'on ne produit que de l'hybride. Beaucoup de variétés hybrides sont rentrées dans les champs du Rif et là, je ne pense pas que ce soit une bonne chose. Ce n'est ni bon pour l'agriculteur, ni bon pour le terroir parce que c'est un problème. C'est un grand problème à cause du grand besoin en eau, chose que l'on n'a pas. Ces dernières années, en tout cas, il y a eu une pénurie d'eau à cause de la sécheresse ».

Face à cette problématique, Jaber Lahbi plaide lui aussi pour développer la culture de la beldia, une variété endémique du terroir. « Elle s'est adaptée durant des millénaires. C'est une plante rustique qui s'adapte à tous les types de sols. S'il y a de l'eau, elle se porte mieux. S'il n'y a pas d'eau, elle est vivante », conclue-t-i.

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