Madagascar: Suspicion d'empoisonnement - Revirement de situation dans l'affaire de l'anniversaire noir

Un mois après le drame d'Ambohimalaza, deux ministres parmi les plus concernés sont finalement montés au front en l'espace de 48 heures. Ce revirement de situation intervient dans un climat de forte pression et relance l'action de l'État autour de cette affaire hautement sensible.

Longtemps restée en arrière-plan de la scène politique, l'affaire dite de « l'anniversaire noir » d'Ambohimalaza connaît depuis peu une brusque accélération. En deux jours, deux membres du gouvernement, jusque-là discrets sur le sujet, ont pris publiquement position et annoncé une série de mesures. Ce revirement ravive l'attention autour de ce drame, survenu il y a un mois, lors d'une fête à la suite de laquelle une trentaine de personnes ont trouvé la mort, probablement victimes d'un empoisonnement.

C'est le ministre de la Justice, Benjamin Rakotomandimby, qui a ouvert la séquence samedi soir lors d'une intervention télévisée sur la chaîne nationale TVM. Il a annoncé la relance de l'enquête judiciaire, avec une accélération du traitement du dossier.

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Dans les heures qui ont suivi, plusieurs personnes jusque-là non inquiétées ont été auditionnées par la section de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale, à Fiadanana. Parmi les premières mesures concrètes prises figurent une interdiction de sortie du territoire (IST) émise à l'encontre de l'hôtesse de la soirée, ainsi que la garde à vue de sa mère. Les auditions se sont poursuivies jusqu'à hier.

Le ministère de la Santé publique, de son côté, a également brisé sa réserve. Le ministre Zely Arivelo Randriamanantany s'est exprimé pour la première fois sur ce sujet sensible, annonçant des mesures disciplinaires à l'encontre des agents de santé ou responsables institutionnels ayant tenu des propos jugés déplacés ou agi avec négligence.

Forte pression

Sans citer de nom, ses déclarations semblent faire écho à celles de la directrice de la Veille sanitaire, de la Surveillance épidémiologique et de la Riposte, le Dr Manuella Vololoniaina, qui, dans une interview accordée à TV5 Monde, avait affirmé « ne pas vouloir savoir » quelle substance toxique avait provoqué les décès. Une déclaration qui a profondément choqué l'opinion publique et ravivé les critiques à l'encontre des autorités sanitaires. Aux dernières nouvelles, la nomination de cette responsable a été abrogée lors d'un conseil des ministres restreint, hier.

« Nous oublions parfois que nos décisions ou nos propos peuvent avoir des répercussions négatives sur la population. Nous ne tolérerons plus cela, et des mesures seront prises pour mettre fin à ces comportements », a déclaré le professeur Zely Arivelo Randriamanantany, dans une vidéo publiée hier sur la page Facebook officielle du ministère.

La posture adoptée par les deux ministres, tout comme le ton de leurs interventions, traduit une pression manifeste qui semble les avoir poussés à sortir de leur réserve. Jusqu'ici, c'était principalement la porte-parole du gouvernement, la ministre de la Communication et de la Culture, Donna Mara volamiranty, qui montait au créneau pour répondre aux critiques visant les autorités, ainsi qu'aux interrogations de l'opinion publique.

Ce changement d'interlocuteurs reflète une volonté de reprise en main politique d'un dossier devenu trop sensible pour rester cantonné à une communication défensive.

En outre, cette soudaine prise de parole marque un changement de posture notable. Jusqu'alors, les autorités semblaient maintenir une certaine distance sur une affaire hautement sensible, tant sur le plan humain que politique. La pression médiatique et l'émotion collective ont visiblement accéléré les prises de position au sein de l'exécutif.

Reste désormais à voir si ces annonces seront suivies d'actes concrets, à la hauteur des attentes suscitées.

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