Madagascar: Jeu de la vérité

Au Palais de Justice, les auditions des parties civiles se poursuivent dans le cadre de l’enquête.

Un procès public en direct. C'est ainsi que se présente le face-à-face entre le président de la République et quelques ministres concernés par l'affaire du prétendu empoisonnement au cours d'une célébration d'anniversaire à Ambohimalaza, le 14 juin, qui a tué jusqu'ici une trentaine de personnes. Une histoire très mal gérée depuis le début et qui a fini par éclabousser tout le gouvernement quand la presse internationale s'en est mêlée.

Alors que les invités mouraient les uns après les autres à l'hôpital d'Ampefiloha et que l'opinion en général croyait au botulisme, certains membres du gouvernement, flanqués de la procureure de la République, ont affirmé le contraire, affirmant l'existence d'une substance toxique après analyse des vomissures des victimes et des restes des aliments servis aux invités, sans en donner le nom, qui sera d'ailleurs gardé secret jusqu'au bout. Ils ont ajouté qu'on a trouvé l'antidote au poison pour traiter les malades.

Entre-temps, une enquête a été ouverte et s'est terminée par la mise en détention provisoire de trois personnes. Curieusement, ni les organisateurs de la fête ni le traiteur n'y figuraient.

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D'autres prélèvements sur une victime ont été envoyés dans un laboratoire de Strasbourg pour analyse. Les résultats se sont fait attendre et ont confirmé les premières conclusions. L'affaire s'est corsée à partir du moment où RFI et TV5 Monde ont révélé que le laboratoire de Strasbourg n'est pas capable de détecter un botulisme et que l'analyse des prélèvements ne permettait pas de conclure quoi que ce soit. Cela sentait alors la manipulation à plein nez. L'affaire prend une autre dimension.

Qu'est-ce qu'il y a derrière tous ces mouvements? La volonté manifeste d'étouffer la vérité a ouvert un boulevard aux rumeurs et aux interprétations fantaisistes. Des noms sont cités. L'énigme n'a rien à envier à une intrigue de Sherlock Holmes.

La présomption d'innocence n'est plus respectée et tout le monde y va de son lynchage sur les réseaux sociaux. Une réaction compréhensible eu égard à "l'indifférence", voire au mépris, de certaines autorités.

Le bilan s'est alourdi au fil des jours sans que l'enquête avance. La colère de l'opinion gagne de plus en plus d'ampleur. Les victimes portent plainte contre les hôtes de la fête. L'affaire prend une autre tournure depuis le week-end. On a repris l'enquête depuis le début ou presque pour rattraper toutes les maladresses commises.

On en saura davantage ce soir sur cette affaire, avec le président de la République comme juge central. Ses propos imprimés sur la bande-annonce de l'émission sous-entendent que la vérité, rien que la vérité, toute la vérité devrait éclater ce soir.

"J'ai fait une priorité de vous dire la vérité", peut-on lire. Cela sous-entendrait-il qu'il a été mené en bateau dans cette affaire ? Si c'était le cas, un coup de grisou risquerait de souffler.

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