Cameroun: Déséquilibre préfectoral au pays - Le centre et l'ouest dominent, le grand nord lésé

25 Juillet 2025

La répartition géographique des préfets de département au Cameroun soulève des interrogations sur l'équité territoriale. Selon les données publiées par L'Oeil du Sahel ce 24 juillet 2025, deux régions accaparent près de la moitié des postes stratégiques de l'administration territoriale. Le Centre et l'Ouest totalisent à eux seuls 24 des 58 nominations, creusant un fossé avec les autres zones du pays.

Cette cartographie du pouvoir préfectoral révèle une concentration sans précédent. La région du Centre, berceau politique national, fournit 15 préfets. L'Ouest suit avec 9 représentants. À titre de comparaison, l'ensemble des trois régions du Grand Nord (Extrême-Nord, Nord, Adamaoua) ne totalise que 9 nominations soit l'exact équivalent de la seule région Ouest, pourtant moins étendue et moins peuplée.

Le décalage devient criant lorsqu'on analyse les régions marginalisées. Le Littoral, poumon économique, ne compte que 3 préfets. Le Nord, deuxième région la plus vaste du pays, n'en dispose que d'un seul. L'Adamaoua est logée à la même enseigne avec un unique représentant. Cette configuration interroge la prise en compte des spécificités démographiques et géopolitiques dans les nominations administratives.

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Les experts en gouvernance locale s'alarment des conséquences opérationnelles. Un préfet originaire d'une région en maîtrise souvent mieux les défis socioculturels et sécuritaires. La sous-représentation chronique du Grand Nord, zone confrontée à des défis sécuritaires complexes, pourrait entraver l'efficacité des politiques publiques. À l'inverse, la surreprésentation du Centre et de l'Ouest alimente les discours sur un centralisme excessif.

Ce déséquilibre régional dépasse la simple statistique. Il touche à la crédibilité du principe de déconcentration administrative, pourtant inscrit dans la constitution. La légitimité des décisions préfectorales dans les zones sous-représentées pourrait en pâtir, surtout lorsque celles-ci impliquent des ressources stratégiques ou des mesures sécuritaires sensibles.

La question de la représentativité dans l'appareil d'État devient un marqueur politique. Certains observateurs y voient une perpétuation des déséquilibres hérités de l'histoire, tandis que d'autres pointent des mécanismes de cooptation favorisant certains réseaux. L'absence de transparence dans les critères de nomination entretient ces suspicions.

Pour rétablir la confiance, des voix appellent à instaurer des quotas régionaux ou à formaliser des critères objectifs intégrant la superficie, la population et les vulnérabilités sécuritaires. L'enjeu est de taille : une administration territoriale perçue comme équitable est un pilier essentiel de la cohésion nationale et de l'efficacité gouvernementale face aux défis locaux.

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