Afrique: CAN Féminine 2024 - Halimatu Ayinde, la force tranquille du Nigeria

Symbole d'une génération plus mature, Halimatu Ayinde incarne la résilience et l'engagement d'une Super Falcons en quête de reconquête. Née dans les quartiers conservateurs du nord du Nigeria, la milieu de terrain s'est imposée comme l'âme silencieuse d'un collectif qui vise un nouveau sacre continental samedi à Rabat contre le Maroc.

Une enfance à contre-courant À Kaduna, dans le nord du Nigeria, les filles sont longtemps restées en marge des terrains de football. Halimatu Ayinde, elle, a choisi d'ignorer les injonctions sociales. Petite, elle s'éclipsait en cachette pour taper dans le ballon avec les garçons, souvent pieds nus, au prix de réprimandes et parfois de coups à son retour. « Mes frères n'étaient pas d'accord. Mais j'étais têtue », se souvient-elle. Une détermination précoce qui l'a menée, vingt ans plus tard, au coeur du milieu des Super Falcons.

La patronne de l'entrejeu À la CAN 2024, la joueuse du FC Rosengard s'est une nouvelle fois imposée comme le métronome du Nigeria. Juste dans ses placements, propre dans ses transmissions, précieuse à la récupération, Ayinde incarne une équipe à la fois expérimentée et solidaire. « Ce tournoi, c'est une revanche. Lors de la dernière édition, les gens avaient perdu foi en nous. Aujourd'hui, nous avons changé la perception. Nous sommes toujours les géantes du continent », affirme-t-elle sans détour.

Avec quatre victoires et un nul, les Super Falcons n'ont pas encore chuté dans cette édition marocaine. « Les équipes que nous avons affrontées sont très techniques, mais nous avons tenu bon. En finale, ce sera la même approche : rester unies, se battre les unes pour les autres », promet Ayinde, qui a disputé toutes les rencontres avec une régularité bluffante.

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Fractures, rechutes et renaissance Le parcours d'Ayinde n'a pas été linéaire. Deux ruptures des ligaments croisés en moins de deux ans ont bien failli compromettre sa carrière. Mais à Rosengard, en Suède, elle a trouvé l'environnement idéal pour se reconstruire. « La deuxième fois que nous avons gagné le championnat, c'était spécial. J'étais présente depuis la préparation, les matches de Coupe, les amicaux. C'était ma revanche personnelle après les blessures », raconte-t-elle.

Ces longs mois de rééducation ont forgé une joueuse encore plus déterminée. « C'est dur d'enchaîner deux opérations en deux ans. On doute, on s'effondre, mais j'ai été bien entourée. J'ai appris à repousser les pensées négatives. »

Une voix qui compte dans le vestiaire Avec ses dix ans de sélection, Ayinde est aujourd'hui une figure d'autorité dans le groupe nigérian. Elle guide les plus jeunes, stabilise le collectif, et incarne ce pont entre générations. « J'essaie de toujours m'adapter aux consignes et de soutenir les plus jeunes, de les aider à s'installer. »

Elle loue également l'influence du sélectionneur Justin Madugu, artisan d'un groupe rassemblé autour d'un objectif clair. « Chaque entraîneur a son style. Randy Waldrum, c'était la possession. Madugu, lui, a su jouer avec nos forces. Il parle à tout le monde, pas seulement aux titulaires. Ça crée une vraie énergie.

Une mission au-delà du terrain Halimatu Ayinde n'a jamais oublié d'où elle vient. Née d'un père yoruba et d'une mère igbo, elle porte en elle un Nigeria pluriel. Son combat dépasse les lignes de touche. Depuis plusieurs années, elle oeuvre pour le développement du football féminin dans le nord du pays, à travers des projets de formation soutenus par les autorités locales. « Je veux rendre ce que le foot m'a donné. Aujourd'hui, les filles du Nord osent rêver.

Respect unanime Son influence ne se limite pas à sa sélection. À Ottawa, Ngozi Okobi-Okeoghene, ancienne coéquipière en sélection, raconte leur complicité sur le terrain : « On se comprenait d'un regard. Elle a toujours été le pilier du milieu. Forte, rapide, intelligente. » Et de saluer sa capacité à revenir au plus haut niveau après deux graves blessures : « Elle mérite tout ce qui lui arrive. C'est une battante. »

Même écho du côté de la Suède, où son entraîneur à Rosengard, Joel Kjetselberg, ne tarit pas d'éloges : « Hali joue avec une sérénité rare. Elle peut tout faire sur un terrain. Elle est aussi importante dans notre vestiaire qu'elle ne l'est pour le Nigeria. Rien de ce qu'elle accomplit ne me surprend.

Avant la finale À 28 ans, Halimatu Ayinde n'a plus rien à prouver. Mais elle n'a pas fini d'inspirer. Contre le Maroc, ce samedi à Rabat, elle mènera une fois encore le tempo nigérian. Pas pour la gloire, mais pour toutes celles qu'elle a ouvertes à un horizon qu'on voulait leur interdire.

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