Bénin: Ces afro-descendants attirés par une plateforme pour demander la nationalité béninoise

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« My Afro Origins » est le nom d'une plateforme numérique qui vient d'être lancée par le gouvernement du Bénin. Elle s'adresse à tous les afro-descendants qui souhaitent obtenir la nationalité béninoise. Il suffit de remplir certains critères : avoir un ascendant subsaharien déporté hors du continent dans le cadre de la traite des Noirs, par exemple, puis de déposer son dossier sur le site internet, qui sera alors examiné par le ministère de la Justice et de la législation. Une démarche qui semble déjà séduire plusieurs afro-descendants en Europe et en Amérique.

Gwladys Cebin a 47 ans, elle est originaire de la Guadeloupe et de la Réunion, et elle vit en France. Lorsque la plateforme du gouvernement du Bénin a ouvert, elle a n'a pas hésité à se lancer : « Je me suis dit : "Oh, trop bien ! Je vais cliquer dessus et je vais commencer à faire les démarches.". Moi, je trouve ça bien qu'il y ait un site maintenant. Ça permet aux personnes qui n'ont pas forcément la possibilité de se déplacer, de pouvoir faire la démarche en ligne. C'est une avancée incroyable. »

Ses enfants, désormais majeurs, ont également décidé de faire la demande. Pour Glwadys, l'objectif à long terme serait de s'installer au Bénin : « Ah, ça serait le rêve, bien sûr. » Mais avant tout, elle souhaite renouer avec ses origines africaines : « Lorsque je me suis rendu compte qu'il y avait des pays qui étaient friands de retrouver des personnes de la diaspora africaine, partout dans le monde, j'ai trouvé ça vraiment bien. »

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Gwladys doit maintenant réussir à prouver son afro-descendance. Pour ce faire, elle a opté pour un test ADN. Une solution qui pose tout de même quelques questions. « Si je peux faire le test de moi-même, ça va être beaucoup plus rapide. Si je passe par un laboratoire d'origine béninoise, comment ça va se passer ? », s'interroge-t-elle.

« On a des droits et des obligations lorsqu'on prend une nationalité »

Nelson Ralph, originaire d'Haïti, est aussi intéressé par l'obtention de la nationalité. Mais le jeune père, qui voudrait déménager au Bénin avec sa famille, demande plus de garanties : « Est-ce que tout est réuni pour qu'on soit accueillis dans les meilleures conditions ? Il faudrait voir un peu, creuser plus, ne pas rester juste sur internet et se dire que "je vais demander la nationalité béninoise". Parce qu'on a des droits et des obligations lorsqu'on prend une nationalité. Et voir si on arrive à s'intégrer correctement dans cette nouvelle société en question. »

Cette demande n'est par ailleurs pas gratuite : 100 dollars pour déposer son dossier. Pour beaucoup d'internautes intéressés, c'est surtout le prix qui fait obstacle.

« C'est d'abord un acte spirituel, presque initiatique »

Trois premiers afro-descendants, dont l'artiste américaine Ciara, actuellement en séjour au Bénin, ont, eux, reçu la nationalité béninoise le 26 juillet 2025 lors d'une cérémonie solennelle.

Pour Enock Gbonson, historien, spécialiste de l'histoire du Bénin et des diasporas afro-descendantes, si cette plateforme séduit déjà un bon nombre de personnes, c'est notamment parce qu'elle répond à une quête identitaire. « Pour beaucoup d'afro-descendants, retrouver la terre de leurs ancêtres, ce n'est pas seulement une démarche généalogique, comme on a pu le constater ces dernières années, notamment au Ghana, au Libéria, et dans d'autres pays ouest africains. C'est d'abord un acte spirituel, presque initiatique, lance-t-il. Cette plateforme réinscrit ces identités dans la continuité d'une mémoire vivante. Non pas muséale, mais réappropriée. Le retour n'est pas seulement géographique pour ces derniers, c'est un acte anthologique ».

Il poursuit : « Pourquoi une plateforme en ligne ? Car cela permet de toucher les afro-descendants aux quatre coins du monde : États-Unis, Brésil, Antilles, Europe... Parce que l'histoire de la traite est une histoire diasporique, donc la réponse doit être globale, décloisonnée et transfrontalière. »

Et Enock Gbonson de conclure : « La plateforme parle aux générations numériques, X, Z ou Alpha, qui cherchent ses racines sur Google, dans les tests ADN et sur les réseaux. »

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