Ile Maurice: CNT - Les employés en première ligne face aux agressions et aux abus

Insultes, menaces, tentatives d'intimidation et parfois même agressions : c'est le quotidien d'un grand nombre d'employés de la Compagnie nationale de transport (CNT), en particulier ceux opérant sur les lignes du Sud. Les travailleurs de cette entreprise publique, essentielle à la mobilité des Mauriciens, lancent un cri d'alarme. Au coeur de leurs préoccupations : le comportement de certains usagers sous traitement à la méthadone, qui, selon eux, transforment chaque journée de travail en un parcours semé de risques.

Cette semaine encore, une énième déposition a été faite à la police pour dénoncer un climat devenu invivable. «Les passagers concernés montent dans les bus très tôt le matin, en direction de l'hôpital de Rose-Belle, où ils vont prendre leur dose de méthadone. Non seulement ils refusent de payer leur ticket, mais certains transportent des cutter, n'hésitent pas à menacer verbalement ou physiquement les receveurs, et fument à bord malgré l'interdiction», relate un responsable du service.

Les employés dénoncent un sentiment d'abandon face à une violence de plus en plus banalisée. «Il nous est arrivé de solliciter la police, qui est parfois intervenue, mais ce n'est ni régulier ni suffisant. Nous demandons une présence policière renforcée, notamment sur ces lignes à risques», insistent-ils.

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La situation n'est pas nouvelle, mais elle semble empirer. Pour les travailleurs, il est grand temps d'agir. Certains suggèrent une solution concrète : «Pourquoi ne pas décentraliser la distribution de méthadone ? Elle pourrait se faire à Souillac, Surinam ou encore Chemin-Grenier, au lieu de concentrer tout à RoseBelle. Cela éviterait ce flux massif de personnes dans un laps de temps réduit et réduirait la tension à bord.»

Le receveur, victime collatérale

Poomendra Letchanna, Workers' Director de la CNT, ne cache pas son exaspération : «Ce problème est récurrent et nous avons déjà tiré la sonnette d'alarme à plusieurs reprises. Le receveur est souvent tenu responsable si un contrôle révèle qu'un passager n'a pas payé, alors qu'il met parfois sa vie en danger en n'insistant pas pour éviter l'agression. Il faut replacer les choses dans leur contexte.»*

Selon lui, le problème ne se limite pas à la matinée. «À n'importe quelle heure de la journée, nos équipes peuvent être confrontées à ces comportements agressifs. Il faut revoir la loi. La sanction actuelle, où le contrevenant paie simplement le double du tarif, n'a pas d'effet dissuasif. Nous avons besoin du soutien des forces de l'ordre, mais aussi de mesures fermes.»

Il souligne également les conditions de travail difficiles dans le secteur : «Les horaires sont extrêmes, parfois de 3 heures du matin à tard le soir. Ce n'est pas étonnant que peu de jeunes veuillent s'engager dans ce métier.»

Incident grave à la gare de Curepipe

La tension ne se limite pas au Sud. Jeudi dernier, un incident grave a eu lieu à la gare de Curepipe. Un individu, furieux que le chauffeur d'un bus ne s'arrête pas une fois sorti de son stationnement, a brisé les vitres de l'autobus à l'aide d'une barre de fer.

«Ce n'est pas un simple refus de prendre un passager. C'est une infraction de récupérer quelqu'un une fois le véhicule lancé. Nous risquons une amende. Mais ce que les passagers ne comprennent pas, c'est que c'est aussi pour leur sécurité», explique un employé. Une plainte a été déposée à la police, car d'autres passagers étaient présents au moment de l'agression.

Les employés réclament aujourd'hui des mesures urgentes. Patrouilles policières renforcées autour des gares, contrôle plus strict à l'entrée des bus, soutien accru des ministères du Transport et de la Santé... Les revendications sont claires. «Nous voulons travailler dans un climat serein. Mais comment faire quand on ne sait jamais si la prochaine montée dans le bus finira en insulte ou en agression ?» s'interroge l'un d'eux. Face à cette insécurité quotidienne, les employés de la CNT attendent une réponse forte et rapide. Car il ne s'agit plus seulement de confort au travail, mais de survie.

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