Tunisie: Ibrahim Maalouf au festival international de Carthage - Un marié très loquace !

28 Juillet 2025

Maalouf n'a pas oublié de rendre hommage au génie de la musique contemporaine arabe Zied Rahabani qui nous a quittés le jour même du concert, en dédiant un solo trompette de «Saâlouni ennas aanek ya habibi» admirablement accompagné par le chant du public.

« Ce soir, nous allons nous marier et je veux que cette fête de mariage soit la plus belle possible pour qu'on s'en rappelle toute notre vie. Si vous êtes d'accord j'aimerais dès maintenant qu'on démarre ce concert, ce mariage, en faisant la fête. Alors je vais vous demander une seule chose, c'est juste pour ce morceau, peut-être pour le morceau d'après, peut-être plus si vous en avez envie, de vous lever tous pour que l'on fasse une grande danse !».

C'est ainsi que le très brillant, mais non moins loquace, trompettiste et compositeur franco-libanais Ibrahim Maalouf a démarré son concert au festival international de Carthage, le 26 juillet 2025, en faisant sauter et danser avec une belle énergie le public. Il y a présenté, dans le cadre d'une tournée mondiale, son projet «Trumpets of Michel-Ange» où il célèbre à la fois son père, la transmission et la bienveillance entre les générations.

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De quoi faire vibrer les pierres antiques investies en grand nombre par un public très complice. Une demande en mariage tout en musique, «beaucoup de musique», a promis l'artiste à son arrivée à Tunis. Promesse à demi tenue, car le marié s'est avéré un peu trop bavard et on a frôlé la première prise de tête conjugale...

«Cette tournée nous amène partout à travers le monde pour faire la fête, pour chanter des mélodies, et pour inspirer les nouvelles générations et leur donner envie de faire mieux que nous. Plus qu'un projet, «Les trompettes de Michel-Ange» est l'histoire d'une vie, et peut-être même de plusieurs vies, condensées sur quelques mélodies faites pour être partagées, dansées et chantées», note l'artiste.

Belle elle l'a été la «fête», vécue par certain.e.s comme un exutoire, une bulle vaporeuse et imperméable nous transposant le temps d'un moment de partage hors du temps, de la dure réalité du génocide et de la faillite morale de l'humanité. Une agréable bulle qui a été malheureusement rompue à plusieurs reprises...

Un état de déréalisation dont on avait grand besoin, permis uniquement par le pouvoir de la musique, par le magnifique jeu de Maalouf pour lequel le public s'est déplacé en grand nombre, par les notes de sa trompette à quart de ton, inventée par son père, le trompettiste libanais Nassim Maalouf, pour pouvoir jouer de la musique arabe (maqâms) sur un instrument à vent occidental et avec laquelle il s'est fait connaître, et par tous les talentueux musiciens qui l'accompagnaient et qu'il a pris le temps de nous présenter dès le départ (en agrémentant son propos d'anecdotes) : François Delporte (guitare), Mohamed Derouich (guitare-basse), Julien Tekeyann à la batterie, le saxophoniste virtuose Mihaï Pirvan.

Un choeur de 5 trompettes (à 4 pistons chacune), le même instrument qui a fait sa renommée : Yvan Djaouti, Manel Girard, Nizar Ali, Yanis Belaid et Diwan Fortecoëf, qui étaient en dialogue rythmique avec lui.

Beau était donc ce «mariage» qui a rassemblé les genres et les générations, servi par un mélange très libre d'influences festives et nostalgiques, par un pétulants Ibrahim Maalouf (marié) qui a fait danser, sauter, taire par moments et chanter Carthage (la mariée) en semant un peu de joie.

Mais qui a aussi beaucoup parlé! Ses longues prises de paroles-- (semblables parfois aux interminables levers de verre dans les mariages) où il nous a parlé, entre autres, de son mariage avec la chanteuse et actrice libanaise Hiba Tawaji, de sa fameuse trompette (on adore!) qu'il ambitionne de rendre accessible à travers le volet pédagogoique de son projet-album et de compte intagram -- ont malheureusement par moments, freiné le rythme et pompé la belle énergie du public qui s'est déplacé pour entendre jouer celui qui nous a régalés avec «Beirut», «True story» et d'autres morceaux.

Le concert a malheureusement viré à l'ascenseur émotionnel et rythmique où entre ces baisses de rythme on a eu droit à de la bonne musique, de belles sonorités à la fois entraînantes et apaisantes, d'excellents solos entre autres de saxophone, une belle énergie (non aboutie parfois). Mais on aurait voulu vivre pleinement ces moments !

Maalouf n'a pas oublié de rendre hommage au génie de la musique contemporaine arabe Zied Rahabani qui nous a quittés le même jour en dédiant un solo trompette de «Saalouni ennas aanek ya habibi» admirablement accompagné par le chant du public.

«Avant cette tournée j'avais décidé de ne plus tourner parce que je voyais tous ces enfants mourir à Gaza, au Liban... Mon objectif n'est certainement pas de faire de la politique parce que ce n'est pas mon rôle. Je suis tout simplement un musicien, un papa et un être humain.

Je ne peux pas être insensible à ce qui se passe à Gaza, étant né en plus dans un pays en guerre au moment même où l'hôpital dans lequel ma mère accouchait de moi se faisait bombarder.

Nous tous, en tant qu'humains et gens sensibles, on ne peut passer à côté de cette détresse terrible qui se passe en ce moment. Si on arrive à faire la fête c'est parce qu'on sait au fond de nous qu'on arrive à penser à ces familles», a-t-il lancé avant d'inviter le public à chanter en cœur un «Au revoir» avec flash light de téléphones allumés comme autant de lucioles qui ont fait brillé les pierres antiques.

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