Tunisie: Une politique de formation des jeunes improductive - Le revers de la médaille

28 Juillet 2025

L'un des problèmes majeurs auxquels sont confrontés les clubs amateurs qui investissent beaucoup dans le travail de base concerne leur incapacité à retenir leurs pépites façonnées par leurs centres de formation.

Soit les jeunes talents sont repérés et courtisés par les clubs locaux qui s'en emparent à bas prix en versant des primes de formation assez modestes, soit ils choisissent de s'expatrier dans des centres de formation européens dans l'espoir de faire carrière et fortune à l'étranger, en terre inconnue. Et les clubs émetteurs de ces talents migrateurs sont les grands perdants.

Ils ne peuvent plus récolter le fruit de ce travail de longue haleine dans les équipes des jeunes, pour assurer une ossature d'équipe au niveau de la section seniors formée essentiellement de joueurs issus de leur centre de formation. Et ils finissent souvent par en payer le prix fort en dégringolant d'étage en étage, de la Ligue 1 à la Ligue 2 pour s'y enliser pendant des années avant de finir par descendre dans les abîmes de la Ligue 3 où croulent souvent toutes les ambitions et toutes les possibilités pour refaire de nouveau surface et commencer une dure et implacable remontée de la pente.

Le contre-exemple de l'ASD

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Le plus mauvais exemple de cette descente aux enfers dans le Sud tunisien où le football est en train de régresser à un rythme rapide et effrayant est celui de l'Association Sportive de Djerba qui, après avoir connu des saisons de gloire dans l'élite en 2014, est passée à la trappe avec la descente en Ligue 2 en 2015 puis en Ligue 3 en 2023 pour ne plus en sortir.

Bien qu'elle ait confié, politique rare en football amateur, la direction technique des jeunes à un technicien haut gradé avec son diplôme CAF A, Kais Dridi. Mais la qualité du travail au niveau des jeunes ne s'est pas répercutée et reflétée suffisamment au sommet de l'équipe.

Kais Dridi lève le voile sur ce qu'il considère comme un échec dans l'atteinte de l'objectif principal d'un club qui ne peut plus compter sur le pur produit de son réservoir de jeunes pour y puiser des joueurs cadres de la première vitrine qu'est l'équipe seniors.

«Dès qu'un jeune joueur séduit des agents qui pullulent dans la région, il est automatiquement approché, courtisé et séduit par des promesses auxquels ses parents ne peuvent pas résister», avoue-t-il, ajoutant que « plus rien ne parviendra à le convaincre de rester et de ne pas partir tenter une aventure truffée de risques à un âge très jeune ( 15 et 16 ans)».

Et de citer l'exemple de cinq jeunes joueurs de l'ASD qui ont passé les frontières pour aller en France et en Espagne tenter leur chance et chercher un avenir meilleur : «Mohamed Ali Boukhris, natif 2009 a fait une reconversion spectaculaire, passant du poste de gardien de but à celui d'arrière central et de demi défensif qui fait des merveilles avec les jeunes du club espagnol Valladolid.

Son grand gabarit et ses qualités techniques l'ont beaucoup aidé dans l'intégration, critère numéro un pour réussir. Des joueurs natifs 2006 et 2007 comme Houssem Dridi Abdelmajid Bougarras, Ahmed Farhat et Mohamed Ghezaiel font leurs preuves en National 2 et 3 en France dans l'attente de passer sous contrat dans le régime professionnel.

Le problème est tant qu'ils évoluent en tant qu'amateurs, leur association d'origine n'aura rien gagné en indemnité de formation. On peut dire que nous les avons formés pour rien. C'est le revers de la médaille et les conséquences du choix de la politique de formation à engager».

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