La Banque nationale agricole (BNA) et l'Office des Tunisiens à l'étranger (OTE) unissent leurs efforts pour encourager l'investissement productif de la diaspora en Tunisie. Un pari que la banque à travers ses offres et dispositifs et l'Office grâce à son réseau de centres socioculturels sont bien décidés à relever.
La première conférence régionale dédiée à la promotion du rôle des expatriés dans l'investissement direct en Tunisie s'est tenue hier à Tunis sur le thème « Modernisation des visions pour un avenir prometteur». Organisée par la BNA, en partenariat avec l'Office des Tunisiens à l'étranger (OTE), cette rencontre a couvert les gouvernorats du Grand Tunis et visait à connecter les TRE à l'écosystème de l'investissement en Tunisie. Elle a également constitué une occasion de présenter les structures d'investissement en Tunisie ainsi que les avantages, les offres et les initiatives financières et fiscales mis à leur disposition.
Offres bancaires dédiées et flexibles
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Dans son allocution d'ouverture, le directeur général de la BNA, Ahmed Ben Moulehom, a affirmé que cette rencontre traduit une volonté nationale de renforcer le rôle de la diaspora dans l'investissement direct en Tunisie. Elle concrétise, selon ses dires, l'orientation commune d'intégrer pleinement les Tunisiens résidant à l'étranger dans la dynamique économique et de développement du pays, non seulement à travers les transferts de fonds, mais aussi en les considérant comme de véritables partenaires d'un investissement durable.
«La BNA a pu renforcer cette orientation en signant, le 16 juillet dernier, une convention de partenariat stratégique avec l'OTE, visant à mettre en place des offres bancaires dédiées et flexibles, alliant simplicité, avantages financiers, numérisation des processus bancaires -- à travers la facilitation de l'accès à distance, gestion instantanée des comptes et accompagnement des projets d'investissement des TRE, notamment dans les domaines de l'immobilier, de l'agriculture et des initiatives privées», a-t-il déclaré.
Il a ajouté que cet engagement affiché de la BNA envers les TRE reflète une vision globale fondée sur la proximité, l'écoute et l'accompagnement effectif. «Convaincue que la diaspora ne représente pas uniquement une extension nationale à l'étranger, mais aussi un partenaire essentiel pour le développement, la banque a fait de cet axe stratégique une de ses priorités», a-t-il précisé.
Dans ce sens, il a indiqué que la BNA travaille sur des offres spéciales pour offrir des canaux de communication fluides et mettre en place des mécanismes de financement et d'incitation à l'investissement, permettant à tout TRE de renforcer ses racines économiques dans son pays natal.
«Pour atteindre ces objectifs, le groupe BNA met ses compétences et ses moyens à la disposition de la diaspora à travers un système unifié qui concilie expertise en investissement, flexibilité de l'assurance et opportunités de propriété immobilière. Notre objectif est d'offrir une expérience financière complète au profit des TRE», a-t-il souligné.
Et d'ajouter : «Notre participation à cette rencontre traduit notre engagement à être un acteur à part entière dans cette dynamique nationale visant à renforcer la contribution de la diaspora au développement».
S'adressant aux membres de la diaspora présents, Ben Moulehom a affirmé que la compétence et l'expérience des TRE représentent une valeur ajoutée pour le pays. Aujourd'hui, le partenariat avec les TRE constitue, selon lui, un investissement stratégique pour la Tunisie.
«La Tunisie n'a pas seulement besoin de transferts, mais aussi de vos idées, de vos expériences et de vos visions futures. Le pays ne se construit pas uniquement avec ceux qui sont présents sur son sol, mais aussi avec ceux qui restent viscéralement liés à leur terre natale. La BNA réitère son engagement à être une banque de confiance, un partenaire et un acteur économique convaincu que la diaspora est un pilier», a-t-il conclu.
L'investissement direct encore marginal !
Cette initiative rompt, en effet, avec la tradition du séminaire national habituellement organisé durant les vacances estivales. C'est ce qu'a confirmé Helmi Tlili, chargé de la gestion de l'OTE qui a affirmé dans une déclaration à La Presse que cette nouvelle approche vise à se rapprocher des Tunisiens résidant à l'étranger (TRE) en allant à leur rencontre dans leurs régions d'origine.
«L'OTE se projette dans une vision où la contribution des Tunisiens de l'étranger au développement ne doit pas se limiter aux seuls transferts de fonds. Elle doit être plus tangible», insiste Tlili.
Aujourd'hui, les 8,5 milliards de dinars transférés chaque année par la diaspora sont en grande partie orientés vers la consommation des ménages. L'épargne reste faible et l'investissement direct encore marginal, notamment dans les secteurs de l'agriculture, des services et de l'industrie. Pour y remédier, l'OTE souhaite instaurer un cadre incitatif, combinant avantages fiscaux et financiers, afin de canaliser une partie de l'épargne accumulée par les membres de la diaspora vers l'investissement direct.
«Il existe une épargne à l'étranger que nous voulons mobiliser. Les études menées par l'Office montrent que l'investissement direct des TRE est possible grâce à cette épargne, et pas seulement via les transferts de fonds», explique Tlili.
«Si les transferts constituent une manne en devises pour la Banque centrale et un soutien essentiel à la consommation intérieure, ils ne suffisent plus. Le véritable défi est désormais d'amorcer une dynamique d'investissement direct. C'est un concept à faire évoluer, et ce travail a déjà commencé», a-t-il affirmé
Une communauté tunisienne à l'étranger en pleine mutation
D'après Tlili, une large majorité de TRE expriment leur volonté d'investir en Tunisie, motivés par des liens profonds avec leur pays d'origine. «C'est un avantage que bien d'autres diasporas n'ont pas. Ces liens affectifs sont une force que nous devons transformer en engagements concrets pour le développement », a-t-il souligné
Mais pour cela, un cadre juridique renforcé est nécessaire dans les pays de résidence. Il faut, selon lui, continuer à défendre les droits sociaux et économiques des Tunisiens à l'étranger tout en consolidant les liens avec les nouvelles générations. Car la communauté tunisienne à l'étranger est en pleine mutation. «La première génération, connue pour ses liens solides avec le pays, commence à s'éteindre. Il est essentiel de cultiver l'attachement des jeunes générations», a-t-il alerté.
Pour ce faire, l'OTE s'appuie sur un réseau de centres socioculturels et de 54 attachés sociaux couvrant 17 pays, soit plus de 90 % de la diaspora tunisienne. Il s'efforce ainsi de renforcer les liens, notamment chez les jeunes et les femmes. En parallèle, en Tunisie, l'Office entend jouer un rôle de médiateur entre les TRE et les structures d'investissement, pour faciliter leur mise en relation et favoriser les synergies.
«Notre rôle est de vulgariser les informations auprès des investisseurs actuels, mais aussi auprès d'investisseurs potentiels -- et ils sont très nombreux. Beaucoup de Tunisiens souhaitent investir dans ce pays. Mais ils attendent un cadre propice à leurs projets. C'est pourquoi nous sommes appelés à intensifier nos efforts en matière de digitalisation. L'OTE est en train de développer un nouveau véhicule d'information pour fédérer toutes les initiatives digitales dédiées à la diaspora, et mettre en place un interlocuteur digital unique», a-t-il annoncé.