Ile Maurice: Joelan Mootoosamy vivait en toute impunité à Flic-en-Flac

Condamné pour torture mortelle en France, Joelan Mootoosamy aurait vécu une vie de luxe et d'affaires à Maurice pendant plus de dix ans. Un scandale judiciaire, un mystère identitaire et un silence administratif qui pose bien des questions.

La nouvelle de sa reddition au commissariat central de Strasbourg, le 23 juillet dernier, a surpris tout le monde. Mais ce qui commence à émerger sur ses années de cavale choque encore davantage. Joelan Mootoosamy, condamné à 30 ans de réclusion criminelle pour des actes de torture ayant entraîné la mort, aurait passé près de dix ans à Maurice, menant une existence confortable à l'abri des regards, tout en bâtissant un petit empire immobilier.

Selon des informations concordantes, l'homme vivait à Flic-en-Flac dans un appartement enregistré au nom d'un membre de sa famille résidant à Strasbourg. Très discret, il gérait pourtant plusieurs transactions foncières, achetant des terrains, construisant des villas et les revendant avec l'aval apparent des autorités locales. Le tout sous une identité encore inconnue à ce jour.

«Je me suis déjà rendu chez lui. Il avait de l'argent, mais il restait toujours en retrait, jamais extravagant», raconte un ancien proche, qui savait pertinemment que Joelan Mootoosamy était en fuite. «Il faisait attention à tout, comme s'il vivait sur le fil.»

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Interpol avait pourtant lancé une Red Notice contre Joelan Mootoosamy. Mais selon nos sources policières, aucune trace de lui n'existait dans les bases de données officielles des entrées à Maurice. Ce qui laisse penser que le fugitif aurait utilisé une fausse identité ou des documents falsifiés pour franchir les frontières et s'y installer sans éveiller le moindre soupçon.

Détenteur de la nationalité française mais originaire de Maurice, il aurait ainsi échappé pendant plus d'une décennie aux autorités des deux pays, tout en développant ses activités économiques dans la région de RivièreNoire. Sollicité sur ce point, le Conseil de district de Rivière-Noire n'a pas encore répondu à nos questions.

Jamais localisé ni inquiété

Cette affaire soulève une fois de plus la question épineuse de la coopération judiciaire entre Maurice et la France, notamment en matière d'extradition. Cela est d'autant plus complexe dans le cas des personnes possédant la double nationalité. Joelan Mootoosamy, malgré sa condamnation par contumace en juin 2024 pour séquestration suivie de mort, actes de barbarie et torture, n'a jamais été localisé ni inquiété. Aucun mandat d'arrêt n'a été exécuté. Aucun rapatriement n'a été sollicité.

Pendant ce temps, sa compagne et ses deux enfants vivaient à Strasbourg, mais se rendaient régulièrement à Maurice, selon nos sources. Le fugitif aurait ainsi maintenu une double vie quasi-parfaite, entre famille, affaires et discrétion.

Pourquoi avoir mis fin à cette cavale maintenant ? Mystère. Selon le droit français, un condamné par défaut peut bénéficier d'un nouveau procès s'il se constitue prisonnier, ce qu'a fait Mootoosamy à Strasbourg. Il a jusqu'au 23 août pour réclamer un second procès. Son avocat a déjà annoncé que ce serait le cas.

Mais au-delà des procédures, c'est l'impunité dont il semble avoir bénéficié qui scandalise, tant du côté des autorités françaises que mauriciennes. Comment un homme condamné pour des faits aussi atroces a-t-il pu prospérer si longtemps, sans être inquiété ni identifié ? Quelles failles administratives ont permis cette invisibilité ? Qui savait quoi ? Et sous quelle identité gérait-il ses transactions à Maurice ?

Autant de questions qui demeurent sans réponse... pour l'instant.

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