Ile Maurice: Rééquilibrage géopolitique

Après l'épisode embarrassant des bancs vides du Parlement panafricain de Midrand, Maurice doit redresser la barre. Une fenêtre politique s'ouvre : le sommet des chefs d'État de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), prévu les 17 et 18 août à Antananarivo. Ce rendez-vous, hautement symbolique, pourrait marquer un tournant diplomatique pour un pays longtemps en retrait des dynamiques régionales africaines. Dans un monde fragmenté, où l'Occident s'essouffle et où le Sud global affirme ses ambitions, l'heure n'est plus aux postures d'équilibriste. Il faut se replacer dans l'équation stratégique régionale - avec nos voisins.

Le sommet malgache est précédé d'un événement clé : la SADC Industrialisation Week, véritable agora de la transformation régionale. Pour une fois, États, entreprises, chercheurs, institutions financières et société civile se retrouvent autour de projets concrets : agro-industrie, souveraineté énergétique, chaînes de valeur régionales. La thématique - industrialisation, transformation agricole, transition énergétique - n'a rien d'un slogan. Elle traduit une urgence : celle de bâtir des économies résilientes face à la montée des prix, au désengagement des bailleurs traditionnels et à l'instabilité commerciale mondiale.

Le ministre malgache de l'Industrialisation, David Ralambofiringa, l'a dit clairement : Madagascar mise sur les circuits courts, la transformation locale, la souveraineté productive. L'Afrique du Sud, par la voix de Cyril Ramaphosa, attendu à Antananarivo pour sa première visite sur la Grande Île, vient appuyer cette vision. Ramaphosa, qui incarne la stature d'une Afrique stratégique et non alignée, porte dans ses valises l'influence des BRICS et une autre lecture de l'intégration régionale - non plus tournée vers l'aide extérieure, mais vers la fabrication de puissance depuis l'intérieur.

Sa visite est aussi symbolique : le dernier président sud-africain à s'être rendu à Madagascar était Frederik de Klerk, en 1990, dans un climat de rupture post-apartheid. Trentecinq ans plus tard, un autre moment charnière s'annonce : celui d'une refondation, postnéolibérale, du projet économique régional.

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Mais pour Maurice, la situation est moins claire. Notre stratégie africaine reste floue, souvent dictée par des logiques de court terme, des luttes partisanes internes et l'illusion tenace selon laquelle Londres, Delhi ou Pékin suffiront à garantir notre avenir. Or, notre avenir se joue ici, dans notre zone, dans ce corridor indo-africain que dessinent les ports de Toamasina, de Nacala, de Durban. Il ne se décide pas dans les salons de Davos ni à Bruxelles, mais bien à Gaborone, à Maputo, à Antananarivo.

Il est temps de réactiver nos connexions régionales. Cela exige un agenda clair : renforcer la coopération portuaire avec Madagascar, accélérer le codéveloppement avec la Tanzanie, sécuriser nos approvisionnements alimentaires et énergétiques avec le Mozambique. Cela exige aussi une diplomatie plus visible, plus assumée, dans les enceintes régionales.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.