Congo-Kinshasa: Procès contre Kabila - Honoraires XXXL pour un verdict connu d'avance

Depuis le 25 juillet, Joseph Kabila est à la barre de la Haute Cour militaire de Kinshasa. A la barre, façon de parler, puisque l'ancien président, dont l'immunité parlementaire a été levée en mai dernier, est jugé par contumace pour participation à un mouvement insurrectionnel, crimes contre la paix et la sécurité de l'humanité, homicide par balles, trahison, apologie, viol, torture, déportation et occupation armée de la ville de Goma. Rien que ça !

Il est vrai que l'ancien président n'a rien fait pour échapper à ce jugement, lui qui est, depuis quelques mois, en zone rebelle, comme en territoire conquis dans l'Est du Congo occupé par le mouvement du M23. Autant dire que celui qui a été déjà suspecté sérieusement d'avoir partie liée avec les bandits armés qui écument la zone orientale de la RDC a clairement affiché ses accointances avec ces derniers, quand il n'est pas tout bonnement leur parrain local. Et il sera bientôt fixé sur son sort. Petit-Kabila, jugé en son absence et sans avocat, risque la peine maximale, à savoir la peine de mort. Un procès dont le verdict est donc connu d'avance.

Mais dans ce dossier Kabila ne voilà-t-il pas qu'il y a maintenant une affaire dans l'affaire ? Dans une correspondance du ministre de la Justice qui a fuité, adressée à celui du Budget, on apprend qu'un décaissement urgent est demandé pour les sept avocats mandatés par l'Etat congolais, qui se partageront la bagatelle de 2,4 millions de dollars (environ 1,2 milliard de nos francs), dont 400 000 dollars pour le chef du pool judiciaire.

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Me Jean-Marie Kabengela, l'un des avocats, celui-là même qui, il n'y a pas si longtemps, disait à qui voulait l'entendre que traîner l'ancien chef de l'Etat en justice n'était pas une bonne idée pour des raisons, entre autres, de « cohésion nationale », a tenté de justifier les montants. Il est vrai que face à 400 000 dollars, il y a de quoi renier ses convictions trois fois avant le chant du coq. Il a avancé comme arguments la délicatesse et la dangerosité du dossier, précisant que beaucoup d'hommes en robe noire ont décliné l'offre et que des avocats qui ont décidé d'être dans le procès font déjà l'objet d'intimidations et de menaces. Ce serait même, à ses yeux, une somme « modique et patriotique.

Drôle de patriotisme pour un procès sans enjeu où les maîtres de la parole n'auront pas face à eux des confrères pour des débats véritablement contradictoires. Pareil jugement aurait dû donner lieu à des joutes oratoires de haut vol, à des querelles procédurières et autres effets de manches.

Tout se passe comme si c'était une occasion pour le président Félix Tshisekedi de cadeauter ses amis du barreau qui se sucrent, pour ainsi dire, sur le dos de Kabila et du contribuable congolais des quartiers populaires de Matongué, Kalamu ou Djili. Comme quoi, pendant la guerre, les affaires continuent et sont même florissantes pour une catégorie de personnes. Mais il faudra bien plus que ce procès pour alpaguer Kabila et pour que la paix et la sécurité reviennent.

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