L'art contemporain mauricien reprend ses quartiers au Caudan Arts Centre, avec la deuxième édition de l'exposition Kontanporin, visible jusqu'au 31 août. Dix artistes d'horizons divers y présentent leurs oeuvres, dans une scénographie pensée pour valoriser chaque univers artistique. Une invitation à s'imprégner du regard de ces créateurs sur le monde qui les entoure et qui parfois les habite.
Peintures, gravures, sculptures, installations et photographies occupent les différents espaces du Caudan Arts Centre : du lobby aux salles Playground en passant par The Basement et le premier étage. Chaque artiste dispose de son propre espace, créant une expérience immersive, multiple mais cohérente, entre expressions plastiques singulières et dialogues sensibles.
Les artistes exposés sont : Mala Ramyead, Nalini Treebhoobun, Neermala Luckeenarain, Gaelle Gonzalez, Stéphanie Desvaux Le Juge, Ennri Kums, Rishi Seeruttun, Michael Lalljee, Raymond Levantard (RYMD), ainsi que feu Firoz Ghanty, dont plusieurs oeuvres sont présentées grâce au prêt généreux de son épouse Dominique Bélier.
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À l'origine du projet, une conversation entre Rishi Seeruttun et feu Ismet Ganti, désireux de proposer un événement qui valorise la qualité, la vision artistique, et la liberté de création. «On voyait qu'à un moment donné, les expositions proposées étaient un mélange de choses, sans réel professionnalisme. Il n'y avait pas non plus d'espace pour exposer des oeuvres de grand format», explique Rishi Seeruttun. Il ajoute : «Ce qu'on voulait, c'était de la qualité avant tout, ainsi qu'une création contemporaine en rupture avec la peinture classique. Des artistes qui défendent une idée.»
La première édition, lancée l'année dernière, a posé les bases de cette vision. Pour cette nouvelle édition, quatre artistes de la précédente exposition ont été rejoints par six nouveaux. Les organisateurs songent à ouvrir l'espace à de jeunes artistes dès l'année prochaine.
Cette édition témoigne d'une grande diversité de formes et de discours. Neermala Luckeenarain présente deux gravures monumentales dont l'une intitulée Pas touss nou pension, une oeuvre bien dans l'air du temps, aux accents politiques et sociaux. Michael Lalljee mêle peinture et installation pour explorer l'histoire familiale à travers trois générations de femmes. Quant à Rishi Seeruttun, il propose, entre autres, une série poignante de 16 tableaux en petit format, autour d'empreintes de mains féminines. «Il s'agit de femmes qui ont souffert et qui disent stop à la violence», confie-t-il.
La guerre, la mémoire, la résistance et la condition humaine hantent aussi certaines oeuvres, comme The Art of Self Destruction/Ghost de Rishi Seeruttun ou La voiture bleue de Michael Lalljee, toutes deux inspirées par les conflits internationaux.
Kontanporin n'est pas une exposition à survoler. Elle invite au contraire le visiteur à prendre son temps, à se laisser habiter par chaque oeuvre, à ressentir, questionner, dialoguer. Elle offre un instant de suspension dans la frénésie du quotidien, une rencontre sincère avec ce que l'art a de plus précieux : la capacité à nous faire voir autrement.