Tchad: Mort de Fulbert Mouanodji - Cette précipitation bien déconcertante du procureur

Qu'est-ce qui a bien pu arriver à Fulbert Mouanodji ?

Près d'une semaine après, le voile opaque qui entoure la mort de ce fonctionnaire tchadien n'est pas près de se lever. Les images insoutenables qui ont circulé depuis le samedi 2 août 2025 sur les réseaux sociaux continuent de hanter les membres de sa famille et nombre de ses compatriotes. On y voit en effet le défunt étendu sur le sol, le corps brûlé dans les rues d'Abéché, au nord-est du Tchad.

Que lui est-il donc arrivé ? Le saura-t-on jamais ?

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En tout cas, la justice tchadienne, à travers le procureur, a très rapidement conclu au suicide et, sans autre forme de procès, a procédé dès dimanche à l'inhumation du supplicié, sans autopsie, au grand dam de ses proches qui souhaitaient que le corps soit rapatrié à Ndjamena. Pourquoi une telle précipitation alors que les circonstances tragiques du drame auraient pu requérir certaines précautions avant toute inhumation ?

La version donnée par le procureur général près de la cour d'appel d'Abéché est d'autant plus sujette à caution que quelques jours avant sa mort, l'intéressé disait être inquiet. « Je suis en danger, les amis », écrivait-il notamment sur sa page Facebook, pas plus tard que la veille de sa disparition. Et le matin même, comme un SOS lancé à sa soeur il disait : « Ils m'ont déjà tué, adieu. »

Qui sont-ils ?

Là est la question. Rappelons que Fulbert Mouanodji était un haut fonctionnaire tchadien. Il était ancien directeur de cabinet du gouverneur de l'Ennedi Est et avait été récemment nommé à Goz Beida.

Au regard de sa position, ce grand commis de l'Etat était-il au courant de certaines choses et a-t-on voulu le faire taire à jamais ? Difficile en tout cas de ne pas y penser.

L'affaire est d'autant plus troublante que même le ministre tchadien de la Communication, Gassim Cherif, tout en accréditant la thèse du suicide, s'est demandé pourquoi il n'y a pas eu d'autopsie. Maintenant que Fulbert Mouanodji a été enterré à la va-vite, on se demande si des enquêtes sérieuses et indépendantes pourront être conduites et menées à terme pour élucider cette mort pour le moins mystérieuse. On ne peut certainement pas compter sur le procureur pour le faire, lui qui a déjà géré le dossier avec une précipitation déconcertante.

En tout cas, la puissance publique tchadienne gagnerait à élucider ce mystère pour ne pas être accusée, sinon d'être responsable, de la mort de l'ancien directeur de cabinet du gouverneur de l'Ennedi Est.

Gageons donc que le ministère tchadien de la Justice mettra tout en oeuvre pour résoudre cette énigme judiciaire et permettre à la famille du défunt de faire convenablement son travail de deuil, elle qui n'est pas prête d'avaler cette couleuvre judiciaire servie par le parquet d'Abéché.

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