Tunisie: Métlaoui et Mdhilla - Les jeunes face à l'absence de loisirs...

6 Août 2025

Dans le sud-ouest tunisien, au coeur du bassin minier, deux délégations aux noms chargés d'histoire -- Métlaoui et Mdhilla -- traversent une saison estivale où l'ennui se fait étouffant. Malgré leur importance économique, ces deux régions restent dramatiquement dépourvues d'infrastructures de loisirs. Les jeunes y vivent un été vide de sens, sans espace pour s'épanouir, se distraire ou simplement respirer.

À Mdhilla, une jeunesse piégée entre l'asphalte et les cafés

Mdhilla, une localité de 16.000 habitants, est marquée par une forte présence de jeunes. Pourtant, tout laisse penser qu'ils ont été oubliés. Le tissu urbain est saturé de cafés -- treize au total -- mais cruellement dépourvu de lieux de rencontre éducatifs ou culturels.

«La jeunesse ici est complètement délaissée», déplore un responsable d'un club sportif local. «Notre club est multidisciplinaire et regroupe 320 jeunes licenciés. Nous faisons ce que nous pouvons, toute l'année, pour leur offrir un minimum de repères, mais nos moyens sont limités».

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La maison de jeunes, censée être un lieu d'animation, est en réalité un espace vide, sans équipements dignes de ce nom. La maison de la culture, quant à elle, n'a jamais dépassé le stade de chantier inachevé. Le seul espace familial de Mdhilla est une propriété privée louée, inaccessible pour beaucoup.

Plus alarmant encore, la ville ne dispose d'aucun espace vert, un fait aberrant dans une région où la chaleur estivale atteint des sommets. «Les jeunes errent sans but, et personne ne semble s'en inquiéter», affirme Sami, un habitant rencontré lors d'un micro-trottoir. «C'est comme si notre avenir n'avait aucune valeur.»

La Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) et le Groupe chimique tunisien (GCT), pourtant présents depuis des décennies, brillent par leur absence totale d'investissement sociétal. Aucun complexe sportif, aucune aire de jeux, aucun centre de loisir financé par ces mastodontes économiques. Un abandon pur et simple.

Métlaoui : capitale du phosphate, désert du divertissement

Métlaoui, plus grande ville du bassin minier, fait face à une explosion démographique... et à un effondrement des structures de loisirs. En été, les jeunes de cette cité se retrouvent confinés dans un désert culturel et social. L'unique piscine municipale est laissée à l'abandon depuis plus de 13 ans, la maison de la culture a fermé ses portes depuis plus de 5 ans, et les rares espaces publics sont à peine praticables.

«Passer l'été à Métlaoui, c'est un supplice. Il n'y a rien, absolument rien pour nous. Alors on s'entasse dans les cafés, ou on traîne dans les rues, sans but», confie Ahmed, un jeune diplômé. L'absence d'activités estivales, de festivals, d'animations culturelles ou sportives transforme l'été en saison de repli sur soi, voire d'errance.

Dans un contexte de marginalisation croissante, certains jeunes finissent par céder à des pratiques à risque ou à des comportements déviants. Le vide laisse place au désoeuvrement, et le désoeuvrement à la dérive.

Un devoir de réparation sociale oublié

À Mdhilla comme à Métlaoui, les jeunes manquent de tout : espaces verts, centres culturels, équipements sportifs, initiatives estivales... Rien ou presque ne leur est destiné.

Il est grand temps de reconnaître cette fracture sociale et territoriale. Ces deux délégations méritent bien plus qu'un rôle d'arrière-cour industrielle. Elles réclament des investissements concrets dans la jeunesse, l'éducation non formelle, la culture et le sport. Sans cela, c'est tout un pan de la société qui continuera à sombrer dans l'oubli.

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