Sénégal: Abus du pouvoir ou de position dominante - Cette gangrène de l'administration sénégalaise

Alors que les propos du préfet de Kaolack à l'encontre du Maire de la ville de Kaolack, tenus le week-end dernier lors de la journée de l'arbre continuent de choquer l'opinion, un nouvel épisode d'abus d'autorité surgit, relayé à grande vitesse par les réseaux sociaux.

Cette fois, c'est un enregistrement audio, devenu viral sur TikTok, qui met en cause un agent de la Police nationale. On y entend un échange d'une rare violence verbale accompagnée d'insultes et de grossièretés, entre un policier et un chauffeur impliqué dans un accident. Une séquence brutale, largement partagée en ligne, qui relance le débat sur les dérives autoritaires de certains agents en uniforme.

Le phénomène d'abus d'autorité est-il définitivement enraciné au sein de l'administration publique sénégalaise ? La question mérite d'être posée au regard de la multiplication, ces derniers jours, de cas impliquant des autorités publiques ou d'autres agents assermentés dans des abus dirigés contre des particuliers. Un enregistrement audio, devenu viral sur les réseaux sociaux, vient relancer la polémique. Largement diffusé sur TikTok, cet enregistrement sonore de 5 minutes et 17 secondes retrace une partie des échanges entre un chauffeur impliqué dans un accident et un agent de la Police nationale, ce dernier se livrant à des insultes d'une rare violence à l'égard du conducteur.

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Non satisfait de son agression verbale, l'agent de la Police nationale en question va plus loin. Il menace le chauffeur en question de renouveler toutes les 24 heures la fiche d'attestation de contravention qui le prive de la carte grise de son véhicule et de son permis de conduire, « sans que personne n'y puisse s'y opposer ».

Loin d'être un cas isolé, les abus de pouvoir ou de position dominante au sein de l'administration publique sénégalaise constituent une véritable problématique sociétale, touchant la quasi-totalité des services publics. Que ce soit au sein des directions, des agences publiques, des commissariats de police, des brigades de gendarmerie nationale ou encore aux points de contrôle, le constat est partout le même. Les dérapages au sein de l'appareil administratif et sécuritaire sénégalais illustrent une dérive préoccupante : celle d'un pouvoir public qui confond autorité et abus. Qu'il s'agisse d'un préfet invectivant un maire en public ou d'un policier proférant des insultes contre un citoyen, ces comportements révèlent une banalisation alarmante de l'irrespect des règles, des procédures et des personnes.

Au lieu d'un accueil courtois, les usagers du service public sont trop souvent reçus avec indifférence, voire avec agressivité, sur des tons méprisants tels que « Dégage ! » ou « Fiche le camp ! », proférés par ceux-là mêmes qui sont censés les servir, recrutés par l'État et rémunérés par l'argent du contribuable. Cette déshumanisation du service touche plusieurs secteurs, notamment la santé et la justice. Dans les centres de santé, des patients en détresse sont contraints d'attendre des heures, parfois sans un mot d'explication, pendant que le personnel soignant, débordé ou désabusé, semble détaché de toute urgence humaine. Du côté de la justice, les lenteurs procédurales, le manque d'écoute et l'attitude condescendante de certains acteurs contribuent à renforcer le sentiment d'inaccessibilité d'un droit pourtant garanti à tous. Une dérive qui mine la confiance des citoyens envers leurs institutions.

L'administration, censée incarner l'État de droit, devient parfois le théâtre de rapports de force où la fonction prend le pas sur la loi. L'assermentation, au lieu de garantir l'exemplarité, semble conférer à certains une forme d'impunité nourrie par la hiérarchie silencieuse et la tolérance institutionnelle. Et dans un contexte où les citoyens disposent d'outils numériques pour capter, enregistrer et partager en temps réel, chaque excès se transforme en affaire publique.

Loin d'être de simples incidents isolés, ces dérapages traduisent une culture autoritaire encore profondément ancrée dans certaines sphères de l'administration. Une culture où l'usage de la force, du ton ou du mépris remplace le respect et la légalité. Face à cette tendance, la question n'est plus seulement celle des sanctions ponctuelles, mais celle d'une réforme structurelle de l'éthique de service public

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