Conakry - Dans la tourmente politique guinéenne, l'exclusion des trois principales formations politiques l'Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), le RPG Arc-en-Ciel et l'Union des Forces Républicaines (UFR) du comité inter-partis mis en place par le ministère de l'Administration du Territoire, suscite une riposte orchestrée. Ces partis, incarnés respectivement par Cellou Dalein Diallo, Alpha Condé et Sidya Touré, n'entendent pas rester silencieux.
Une exclusion qui remue le jeu politique
Le comité inter-partis a été conçu comme une instance consultative pour accompagner le déroulement du processus électoral en cours, piloté par la Direction Générale des Élections (DGE). Mais en excluant certains acteurs clés souvent accusés de non-conformité aux critères fixés (adresse, logo, constituentiels, etc.) les autorités ont déclenché une onde de choc politique.
Mercredi dernier, ces partis se sont vus privés d'une plateforme de dialogue avec l'administration, à quelques semaines du référendum constitutionnel prévu le 21 septembre, une échéance déjà contestée par une partie de l'opinion.
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Une réponse organisée depuis l'exil
Face à cette marginalisation, les forces vives ont prévu une réunion virtuelle pour le dimanche 10 août, en présence de figures politiques en exil. Au programme : planifier une riposte collective, évaluer la convocation du corps électoral et décider des actions à engager.
« Depuis l'évaluation des partis, l'objectif était de rabaisser les grands pour valoriser les petits... Même le Premier ministre l'a dit : ceux qui se considèrent comme grands sont vus comme petits », a réagi l'ancien ministre Marc Yombouno, éloquent porte-parole du RPG Arc-en-Ciel. « Nous prendrons note de leurs actions... mais en tant que partis républicains, nous refusons de céder à la provocation » a-t-il déclaré.
Une tentative de régulation ou un verrouillage du pluralisme ?
Le ministre de l'Administration du Territoire a présenté le comité comme un instrument d'inclusion, permettant aux partis d'échanger sur les étapes électorales. Mais la réalité perçue est tout autre : la suspension, voire la dissolution d'un nombre significatif de formations politiques, affaiblit la représentativité et le pluralisme.
Selon un rapport de l'International IDEA, en octobre 2024, 53 partis ont été dissous, 54 suspendus et 67 mis sous observation dans le cadre d'un « nettoyage du paysage politique ».
Les conséquences à court et moyen terme
Défi démocratique : exclure les principaux partis affaiblit la légitimité du processus électoral, dans un contexte déjà fragilisé par les tensions. Méfiance persistante : cette exclusion alimente la défiance à l'égard de la transition et du rôle réel de l'administration dans l'organisation des élections. Réorganisation de l'opposition : la réunion du 10 août pourrait redéfinir les alliances, les stratégies ou même annoncer une mobilisation populaire. Écho international : face à ce verrouillage, la communauté internationale pourrait appeler à une véritable inclusion politique. Le précédent de l'élection précédée du scrutin sans grandes forces politiques sera difficile à ignorer.
Épilogue : quels scénarios pour la Guinée ?
Un consensus fragile : si les partis exclus trouvent un modus vivendi avec le Comité, le paysage politique pourrait être reconstruit avec plus de confiance. Une opposition radicalisée : l'exclusion pourrait niveler la participation politique au profit des gardiens de la transition. Un boycott tactique : menacer de ne pas participer au référendum ou aux élections devient une arme symbolique contre une machine jugée biaisée.
L'exclusion des partis de Cellou, Alpha et Sidya du processus électoral n'est pas seulement une décision administrative : elle interroge la sincérité du dialogue politique en Guinée et pose la question de la légitimité du nouveau texte constitutionnel. Le 10 août s'annonce donc comme une date charnière pour le paysage politico-démocratique du pays.