La Côte d'Ivoire a célébré, hier 7 août, le 65e anniversaire de son accession à l'indépendance. Bouaké, la plus grande ville dans le nord du pays, a abrité les cérémonies commémoratives, notamment le grand défilé militaire.
Mais tous les Ivoiriens n'avaient pas le cœur à la fête, particulièrement les 6 cadres de l'opposition politique, en garde à vue depuis l'après-midi du 5 août, soumis à un interrogatoire de la police nationale, en présence d'agents de la Direction de la surveillance du territoire (DST). Il leur est reproché d'être les responsables ou d'avoir participé à la manifestation qui a occasionné des heurts le 1ᵉʳ août à Yopougon, l'un des quartiers fief de l'opposition au nord d'Abidjan.
Par ailleurs, d'autres opposants, militants du PPA-CI de Laurent Gbagbo et du PDCI de Tidiane Thiam cogitaient sur l'organisation d'une autre marche projetée pour demain samedi. Le Pacte pour l'alternance, le principal front des adversaires du président sortant à sa réélection, entend par cette manifestation qu'il voit grandiose, dénoncé l'exclusion de leurs porte-fanions des listes électorales et donc de la course au fauteuil présidentiel.
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En clair, ce 65ᵉ anniversaire de l'indépendance a été célébré dans un contexte particulier, ambivalent, entre calme et crispation, avec des débats passionnés dans les médias classiques et sur les réseaux sociaux, dont seuls les enjeux importants de pouvoir savent conférer au climat social de nos républiques tropicales. Le pour et le contre l'exclusion de Laurent Gbagbo, Tidiane Thiam, Guillaume Soro, ces poids lourds de l'opposition, bat toujours son plein, d'autant plus qu'Alassane Ouattara venait d'annoncer quelques jours auparavant, être dans les starting blocks pour se succéder.
Dans un tel contexte, c'est une lapalissade de dire que le message du président sortant était très attendu en Côte d'Ivoire et au-delà. Que dira-t-il aux Ivoiriens pour ne pas apporter de l'eau au moulin des va-t'en guerre mais plutôt disperser ces nuages que des analystes disent détecter s'amoncelant au-dessus de la lagune Ebrié ?
Nul doute qu'il se savait attendu au tournant de ce 65e anniversaire de l'indépendance ! C'est Pourquoi, dans un discours sobre, évitant les questions polémiques et le ton offensif, Alassane Ouattara a rappelé les valeurs fondamentales d'une nation mature : l'unité, la solidarité et la paix dans le travail pour une prospérité partagée. Cela n'a pas toujours été le cas pour la Côte d'Ivoire et dans une posture de président candidat rassembleur, il appelle les Ivoiriens à ne pas bouder le plaisir « des réussites » de leur pays, mais à plutôt « consolider les acquis et à se projeter dans le futur » avec un esprit de résilience.
« Nous irons plus loin pour vous et avec vous », a-t-il asséné prenant date pour sa réélection très probable dans le scrutin du 25 octobre qu'il annonce « apaisé, sécurisé et démocratique ». En attendant, le président Alassane Ouattara s'est prévalu d'un bilan satisfaisant à la tête de la Côte d'Ivoire en termes « de stabilité, sécurité, paix, et développement dans « un contexte régional et international d'incertitude ». Cela n'a pas empêché, selon lui, la Côte d'Ivoire résiliente et sous son magister d'opérer des transformations profondes de l'Etat et à ses citoyens d'avoir une meilleure vision de leur rapport avec l'unité nationale et le bien commun. Et pour montrer qu'il va poursuivre la politique du développement aux fruits partagés, il a annoncé une augmentation de l'indemnité de fin d'année servie aux fonctionnaires et aux retraités du public qui passe de 1 à 2/3 du salaire indiciaire mensuel dès janvier 2026. Si ce cadeau d'anniversaire de l'indépendance n'est pas un appel de pied aux électeurs, cela y ressemble beaucoup !