Le voyage du président du Tchad Mahamat Idriss Déby Itno ce 06 août 2025 au Niger n’est-il pas un signe avant-coureur de la reconfiguration du dispositif du G5 Sahel ? D’aucuns le pensent, au regard des récents développements, marqués par la recrudescence des attaques terroristes contre le Niger, mais aussi contre les deux autres pays de l’AES, à savoir le Burkina et le Mali.
Faut-il le rappeler, le G5 Sahel a été créé en 2014 à l’initiative de la Mauritanie. C’est un cadre de coopération entre les États de l’AES plus la Mauritanie et le Tchad, pour servir d’instance de coordination des politiques de sécurité, afin de faire face aux défis terroristes qui ont fortement impacté ses membres qui couvrent une superficie de 5 097 338 km, soit 10 fois le territoire de la France.
Cette organisation a malheureusement connu des difficultés suite aux retraits successifs du Mali, du Niger lui-même, et du Burkina, qui ont conduit à sa dissolution en décembre 2023. Les péripéties qui ont suivi cette dissolution, on les connait. C’est le retrait des forces françaises de soutien de Barkane, le retrait des troupes françaises et de leurs bases dans les pays de l’AES, et la création de cette dernière pour faire face au péril djihadiste, suite à l’insatisfaction notée dans la présence des troupes françaises et « l’efficacité de leur soutien ».
Aujourd’hui, la situation a évolué et le Niger autant que le Tchad font face à la menace djihadiste, dont l’intensité est presque multipliée par deux, et sont exposés autant, voire plus que les autres, notamment du fait de la situation particulière de leurs immenses frontières.
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Renouer les fils de la coopération fait sens, dans la mesure où le leadership du Niger, qui naguère occupait le poste de secrétaire permanent de la force conjointe du G5 Sahel, et qui par excroissance et en raison des instruments de coopération mis en place par l’AES, induirait indubitablement des conséquences sur le futur de la coopération du Tchad frontalier, avec les autres pays de l’AES. Et pourquoi pas une adhésion du Tchad à la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) ? A minima, il y a fort à parier qu’il y a tous les fondamentaux pour asseoir une coopération militaire entre le Niger et le Tchad pour deux raisons et pas des moindres.
D’abord, ils partagent les mêmes défis sécuritaires que sont les mouvements djihadistes, qu’il s’agisse de Boko Haram, ou du Groupe pour le soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM), affilié à Al Qaida, ou de l'État islamique au Sahara (EIS) ou du MUJAO, avec le même modus operandi qui sans cesse se complexifie.
Ensuite, la réputation de l’armée tchadienne pour son professionnalisme est aujourd’hui reconnue pour les combats dans le désert. La preuve, le président Idriss Déby ITNO a été souvent sollicité pour contrecarrer l’avancée des troupes djihadistes.
L’on se rappelle d’ailleurs que lors du Sommet du G5 Sahel de N'Djamena les 15 et 16 février 2021, il avait été décidé l’envoi de 1200 soldats tchadiens dans la zone des trois frontières pour alléger le dispositif français présent dans cette zone, et qui, à son départ, a laissé un vide que les pays cherchent encore à combler.
Par conséquent, pour l’une comme pour l’autre raison, l’axe Niamey-Ndjamena va ouvrir très certainement les pistes d’une nouvelle alliance au Sahel qui pourrait s’élargir au-delà du Tchad.