La scène politique ivoirienne vibre sous les pas de millions de manifestants, unis contre la candidature controversée d'Alassane Ouattara. Pendant ce temps, au Cameroun, un silence assourdissant règne. Calixthe Beyala, romancière et observatrice acerbe de la société, fustige l'immobilisme des forces d'opposition locales. Depuis 48 heures, ces dernières s'enferment en conclaves stériles, chacune convoitant ardemment le fauteuil présidentiel.
Cette course égoïste illustre un chaos politique où l'intérêt collectif s'efface devant les ambitions individuelles. Dans un pays miné par les inégalités, la présidence demeure l'unique poste enviable, synonyme d'enrichissement sans frein. "Un Cameroun du chacun pour soi", déplore Beyala, soulignant que cette obsession masque une réalité crue : le pillage organisé des finances publiques. Le clan au pouvoir, érigé en "exemple patent de prévarication", légitime cette quête effrénée.
Pendant que la Côte d'Ivoire voit sa rue s'enflammer, le Cameroun se contente de batailles juridiques. Les recours devant les tribunaux remplacent l'appel au peuple, pourtant seul souverain. Cette judiciarisation du débat évite soigneusement une mobilisation citoyenne capable d'ébranler le système. L'absence de dialogue national creuse le fossé entre une élite affairiste et une population abandonnée, forcée de s'en remettre à la "pitié divine".
La crise de gouvernance révèle l'urgence d'une refonte des institutions. Sans mécanismes de contrôle transparents, la corruption systémique prospère. Beyala pointe un paradoxe tragique : des opposants qui reproduisent les travers qu'ils dénoncent, perpétuant un cycle de prédation. Le peuple camerounais, lui, attend toujours un sursaut salvateur.
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