Tchad: Condamnation de Succes Masra - Triste sort pour un jeune loup aux dents longues

Détenu depuis plus de deux mois, Succès Masra, le leader de l'opposition tchadienne, est désormais fixé sur son sort. En effet, le Tribunal de grande instance de N'Djamena qui était chargé de son jugement, a rendu son verdict, le 9 août dernier, au terme d'un procès éclair de quatre jours.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que la Justice a eu la main lourde contre l'opposant de 41 ans. En effet, même si le juge n'est pas allé dans le sens du parquet qui avait requis 25 ans de prison ferme contre l'ex-Premier ministre du maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, celui-ci a été condamné, avec 64 de ses co-accusés, à 20 ans de prison ferme. Et ce n'est pas tout. Il a également été condamné à verser 1 milliard de F CFA à l'Etat tchadien au titre de dommages et intérêts.

L'espoir pour l'ex-Premier ministre de se sortir de ce bourbier, est mince

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Le leader du parti Les Transformateurs, principal parti d'opposition au Tchad, a été reconnu coupable de «diffusion de message à caractère haineux et xénophobe» ainsi que de «complicité de meurtre» dans le cadre du drame de Mandakao où 42 personnes ont été tuées en mai dernier dans un conflit inter-communautaire. L'élément qui l'incrimine, faut-il le préciser, est un ancien audio datant de 2023, qu'aurait diffusé l'opposant et qui serait à l'origine du massacre de ce village d'éleveurs près de Beinamar dans la province du Logone-Occidental.

Tout au long de son procès, le mis en cause n'a jamais reconnu les faits qui lui sont reprochés. Quant à ses avocats, ils crient à l'injustice, estimant que leur client venait de faire l'objet «d'une humiliation et d'une ignominie» sur la base «d'un dossier vide». Ces derniers ont promis de ne rien lâcher, annonçant, dans la foulée de cette lourde condamnation, qu'ils vont interjeter appel de la décision de la Cour. Oui, a priori, tout n'est pas encore perdu pour Succès Masra, la procédure n'étant pas encore arrivée à son terme. Mais, même si sa défense venait à attaquer ce verdict devant les instances compétentes, quelle chance sa démarche a-t-elle de prospérer?

Il ne faut pas se faire d'illusions. L'espoir pour l'ex-Premier ministre de se sortir de ce bourbier, est mince. Il suffit, pour s'en convaincre, de voir les conditions dans lesquelles il a été jugé: nomination d'un procureur général, convocation d'une cour criminelle, évacuation du dossier en moins de quatre jours. De là à dénoncer un procès politique qui vise à faire définitivement taire un adversaire crédible, c'est un pas que les soutiens de l'opposant ont vite fait de franchir.

Ce dernier a, du reste, gardé son calme et affiché une sérénité déconcertante à la prononciation du verdict, donnant l'impression de n'avoir nullement été ébranlé par cette nouvelle. «Ne vous inquiétez pas. On se retrouve bientôt», a-t-il même tenté de rassurer. Mais le moins que l'on puisse dire, c'est que suite à cette condamnation, le choc est grand dans les rangs du parti Les Transformateurs ; eux qui ne s'attendaient sûrement pas à voir leur champion écoper d'autant d'années de prison ferme. Certains, découragés et démoralisés, étaient même en pleurs.

Avec cette condamnation, c'est l'opposition tchadienne qui s'en trouve désormais décapitée et affaiblie

C'est dire si le coup est dur à encaisser, au point qu'on en vient à s'interroger sur l'avenir politique de l'homme. Quel triste sort pour un jeune loup aux dents longues ! Est-on tenté de s'exclamer. Le scénario est triste et il est des plus humiliants pour ce jeune économiste qui avait suscité tant d'espoir au sein de la jeunesse de son pays. En effet, tout porte à croire que le chef de file de l'opposition tchadienne a été utilisé par le régime militaire de Déby-fils qui, après s'être servi de lui, l'a ensuite jeté tel un citron pressé. Mais Masra est-il vraiment à plaindre?

Lui qui n'a pas su tirer profit du succès qu'il avait auprès de la jeunesse tchadienne. Celle-ci a, en effet, placé sa confiance en lui et s'est même sacrifiée, au prix du sang, pour sa cause en octobre 2022 (un appel à manifestation de l'opposition dont il était le leader, a fait plus de 50 morts et plusieurs dizaines de blessés). Cette confiance, il l'a trahie en acceptant de revenir composer avec le parti au pouvoir qu'il combattait avec ceux qui avaient foi en l'alternance dans le pays. C'est dire si nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes. On se demande en effet, si la condamnation de Masra n'est pas la rançon de la compromission.

Toujours est-il qu'avec cette condamnation, c'est l'opposition tchadienne qui s'en trouve désormais décapitée et affaiblie. En effet, après avoir perdu Yaya Dillo qui est passé de vie à trépas en février 2024, dans des circonstances pour le moins suspectes, elle perd un autre poids-lourd. C'est dire si l'alternance n'est pas pour demain au Tchad.

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