La Tunisie fait face à un problème croissant de gestion des déchets. Ce mal profond touche autant les infrastructures que les mentalités. Ce n'est plus une question d'esthétique, mais un véritable défi national à relever collectivement, sans détour.
Réunie, lundi 4 août au siège du gouvernorat de Tunis, la Commission régionale de la propreté a recommandé la mise en place d'un plan d'action pour améliorer la situation environnementale dans la capitale. Objectif : éradiquer les «points noirs» de saleté et restaurer une image digne d'une capitale.
Présidée par le gouverneur, Imed Boukhris, la réunion a souligné l'importance d'interventions coordonnées entre les directions régionales d'aménagement et les différentes structures publiques concernées. Les efforts porteront notamment sur les routes principales et les entrées de la ville. Il a également été question de renforcer les contrôles, d'instaurer un suivi quotidien, et de sévir face aux infractions portant atteinte à l'environnement urbain.
Un problème national et non plus seulement local
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Mais le mal dépasse largement les frontières du Grand Tunis. Qu'on se trouve dans une grande ville, un village côtier ou une zone rurale, le constat est le même : la Tunisie est devenue sale. Ce n'est plus seulement un désagrément esthétique, c'est un problème de santé publique, d'image nationale et de bien-être collectif. Et ce sont les Tunisiens euxmêmes qui en souffrent le plus. Bien avant les touristes, ce sont les citoyens ordinaires qui subissent chaque jour les conséquences d'un environnement dégradé.
Des sociétés de nettoyage à bout de souffle
La situation s'explique d'abord par des moyens logistiques et humains largement insuffisants. Les sociétés de nettoyage peinent à remplir leur mission : camions poubelles vétustes, manque d'agents, absence de formations techniques... Les équipes, souvent en sous-effectif, fonctionnent à un rythme décousu, hérité de pratiques administratives dépassées. Il est temps d'envisager de nouveaux partenariats.
Pourquoi ne pas lancer des appels d'offres ouverts à des entreprises internationales issues de pays disposant de standards élevés en matière de gestion des déchets et d'environnement ? Il ne s'agit pas simplement de sous-traiter, mais de faire appel à des acteurs capables d'apporter un savoirfaire avancé, du matériel moderne et une véritable culture de la performance.
En recrutant la main d'œuvre locale tout en instaurant des exigences rigoureuses, ces sociétés pourraient non seulement assainir nos villes, mais aussi servir de modèle pour les opérateurs tunisiens. Une telle dynamique vertueuse pourrait, en effet, rehausser le niveau de l'ensemble du secteur.
Quand le laisser-aller devient culturel
Mais l'enjeu ne se limite pas aux structures. Il concerne aussi -- et peut-être surtout -- les comportements individuels. Partout, le même spectacle désolant se répète ; plages souillées après le départ des vacanciers, gradins de festivals jonchés de déchets, centres villes envahis de papiers gras et de bouteilles en plastique.
Ce laisser aller, loin d'être l'apanage d'une catégorie sociale ou d'une génération, touche toutes les tranches d'âge et tous les milieux. Cette banalisation de l'incivilité environnementale révèle un déficit de conscience citoyenne, que les campagnes de sensibilisation seules ne suffisent plus à combler.
Sensibiliser, oui. Sanctionner, aussi
Il est temps de rétablir une forme d'auto rité publique sur la question de la propreté. Il ne suffit plus de sensibiliser, il faut sanctionner. Un conducteur qui jette sa bouteille vide depuis la fenêtre de sa voiture, un promeneur qui abandonne un sachet de chips sur le trottoir, un commerçant qui déverse ses ordures dans la rue, ou encore une agence bancaire qui laisse les tickets de retrait s'éparpiller devant son entrée, tous doivent être sévèrement verbalisés.
À partir du moment où les amendes seront appliquées de manière stricte, visible et régulière, les comportements changeront. Il s'agit là d'un levier psychologique puissant. Et ce que la pédagogie ne corrige pas toujours, la peur de la sanction peut, elle, rectifier rapidement. Mais pour que ce changement s'inscrive dans la durée, il faut aussi agir en amont.
L'éducation civique des nouvelles générations doit devenir un pilier de cette politique. À l'école, dans les médias comme dans les espaces publics, il est essentiel d'inculquer dès le plus jeune âge les règles simples du vivre ensemble et le respect de l'environnement. Les parents doivent, eux aussi, donner l'exemple au quotidien, car les habitudes se construisent d'abord à la maison.
Ces expériences qui prouvent que c'est possible
Au-delà des principes, certaines expériences concrètes montrent qu'un changement est non seulement nécessaire, mais aussi réalisable. Des pays comparables à la Tunisie ont démontré qu'un redressement en matière de propreté est possible, à condition de combiner volonté politique, partenariats efficaces et implication citoyenne.
Le Rwanda, par exemple, souvent cité en modèle, a réussi à transformer Kigali en l'une des capitales les plus propres d'Afrique grâce à une politique rigoureuse mêlant interdiction des sacs plastiques, journées mensuelles de nettoyage collectif obligatoires (Umuganda), et sanctions strictes contre les contrevenants.
Au Maroc, certaines villes comme Oujda ou Agadir ont également vu des améliorations notables après avoir confié la gestion des déchets à des entreprises privées, avec objectifs mesurables, sous contrat de performance. Ces expériences montrent que le changement est à portée de main lorsque l'exemplarité, l'innovation et la fermeté sont réunies.
Une volonté politique à renforcer
La Tunisie ne manque ni de beaux paysages, ni d'histoire à raconter, ni de citoyens fiers de leur pays. Elle mérite, simplement, un environnement à la hauteur de ce qu'elle est. Pas ces rues qui croulent sous les détritus, pas ces plages que l'on fuit, pas ces ronds-points qui disent l'abandon plus que l'accueil.
Ce n'est pas seulement une question de propreté, c'est une question de dignité. Il est temps que les décisions politiques se traduisent enfin en résultats visibles, durables, assumés. Il est temps de cesser de tolérer l'intolérable. De construire, pas à pas, une culture du respect de l'espace commun.
Une culture où chacun compte, où chaque geste a du sens, et où salir devient un acte honteux. Ce n'est qu'à cette condition que la Tunisie pourra espérer tourner la page, et redevenir ce pays qui fait la fierté de ceux qui y vivent comme de ceux qui le visitent.