Il est indéniable que le militantisme syndical a perdu de sa clarté et de son prestige depuis la disparition de ses grandes figures emblématiques. Des noms comme Farhat Hached (1914-1952), lâchement assassiné à Radès par la tristement célèbre « Main Rouge », Tahar Haddad (1898-1935), Mohamed Ali Hammi (1894-1928), Ahmed Tlili (1916-1967) et Habib Achour (1913-1999) symbolisent l'âge d'or du mouvement syndical tunisien.
Cependant, la décadence a commencé sous le règne de l'ancien président Ben Ali, marqué par des syndicalistes en quête de privilèges. À cette époque, Ben Ali a instauré au sein de l'Ugtt une politique de loyauté envers sa personne et son parti, le RCD, lui permettant de dominer entièrement la centrale syndicale.
Les décisions, les objectifs, l'organisation et le fonctionnement de l'Ugtt étaient dictés par la centrale du RCD, dirigée par Ben Ali lui-même. En échange, des lots de terrain ont été attribués à certains syndicalistes, notamment à des dirigeants de l'Ugtt, et bien d'autres privilèges étaient au menu.
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Aujourd'hui, l'Ugtt traverse l'une de ses périodes les plus sombres, marquée par une montée de la grogne suite à l'amendement de l'article 20 du règlement intérieur. Cet amendement a permis au secrétaire général d'être reconduit à la tête de l'Ugtt, ainsi qu'à d'anciens membres du Bureau exécutif d'être réélus pour un nouveau mandat. Cette décision a été qualifiée de « hold-up » et même de « traîtrise » par une grande partie des syndicalistes.
Les conséquences ont été désastreuses : dissensions profondes, remous internes et une crise qui perdure encore.
Si l'Ugtt tente de botter en touche en maquillant la vérité et en étouffant les voix discordantes, elle ne fait qu'aggraver la situation. Une grande partie des syndicalistes et du peuple tunisien, excédés par les appels répétés à la grève qui perturbent leurs intérêts, voient ces actions comme des manoeuvres pour échapper à la redevabilité. Les communiqués de soutien et les déclarations truffées de mensonges qui sonnent creux et faux ne sauront étouffer la grogne du peuple.
Comme l'a martelé le Président de la République, Kaïs Saïed, en présence de la Cheffe du gouvernement : « Le peuple tunisien est conscient des détails des affaires et déjouera toutes les tentatives misérables visant à lui nuire et à envenimer la situation. » Les nombreuses pratiques anormales qui se sont multipliées récemment ne sont plus tolérées, et le peuple exige désormais transparence et reddition des comptes.
Le Président a mentionné les événements de ce jeudi en précisant que les forces de l'ordre avaient été mobilisées pour assurer la protection des locaux de l'Ugtt et éviter tout affrontement. Il a également nié que les manifestants aient eu l'intention d'attaquer ou d'occuper les lieux, rejetant toute analogie avec les incidents survenus en 2012.
Par la même occasion, le Chef de l'État a rendu hommage à Mohamed Ali Hammi, grande figure du syndicalisme, rappelant qu'il tenait ses réunions dans la rue plutôt que dans des hôtels luxueux, et qu'il défendait avec ferveur les droits des ouvriers et des plus vulnérables.
Il a insisté sur le fait que le peuple tunisien était à un tournant historique et qu'il ne se laisserait pas déstabiliser, que les menaces viennent de l'intérieur ou de l'extérieur. « Aucun contreve- nant à la loi ne bénéficiera d'une quelconque immunité, et la justice s'appliquera équitablement à tous, sans excep- tion », a-t-il assuré.
En dépit de tout, la centrale syndicale reste une institution incontournable du militantisme tunisien depuis l'occupation. Elle reste surtout un bastion historique des droits sociaux et un espace essentiel de mobilisation collec- tive. Les reproches formulés ne concernent pas l'organisation elle-même, mais certains de ses dirigeants qui se sont éloignés des principes de transparence et d'intégrité au coeur de l'engagement syndical.
Garantir la crédibilité de l'Ugtt passe inéluctablement par l'exigence que ses représentants incarnent pleinement les valeurs qui fondent son combat. Nul n'est au-dessus de la loi. Que cela soit bien entendu.