Afrique: Le continent, première victime de la destruction d'un stock de contraceptifs américains

Le gouvernement américain a lancé un ordre d'incinération pour près de 10 millions de contraceptifs financés par l'USAID, actuellement entreposés à Geel (Belgique), avec des dates d'expiration allant de 2027 à 2029.

Ces produits (implants, pilules, dispositifs intra-utérins) étaient destinés à la RDC, au Kenya, à la Tanzanie, à la Zambie et au Mali, privant potentiellement 1,4 million de femmes en Afrique d'un accès essentiel à la contraception. La décision était fondée sur l'application de la politique de Mexico City, qui interdit aux fonds américains de bénéficier à des organisations liées à l'avortement. Malgré des offres de rachat ou de redistribution formulées par des ONG comme IPPF ou l'UNFPA, l'administration américaine les a toutes refusées.

Conséquences humanitaires alarmantes

Selon IPPF, cette destruction entraînera 174 000 grossesses non désirées et 56 000 avortements à risque, avec des répercussions dramatiques sur la mortalité maternelle en Afrique subsaharienne. En Tanzanie, ce sont 1 million d'injections et 365 000 implants détruits - soit 28 % des besoins annuels. Au Mali, plus de 1,2 million de pilules et 95 800 implants sont concernés - environ 24 % des besoins annuels. Le Kenya et la Zambie subissent aussi des pertes majeures, aggravant des pénuries déjà en cours.

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Mobilisation des ONG et experts

L'IPPF a qualifié cette décision d'« inconcevable », mettant en avant les offres de récupération et redistribution qu'elle a faites, sans aucun coût pour le contribuable américain, et soulignant l'impact sur les droits et la santé des femmes. Médecins Sans Frontières (MSF) a dénoncé un « gâchis intentionnel et dangereux », tandis que d'autres experts alertent sur le recul des systèmes de santé et l'effet domino sur les filières contraceptives.

Réactions politiques en France

En France, la décision a suscité une vague d'indignation. Le ministère de la Santé a déclaré qu'il ne dispose d'aucun cadre légal pour saisir ou réquisitionner ces contraceptifs - ceux-ci n'étant pas classés comme médicaments d'intérêt majeur, et sans pénurie nationale avérée. Des associations telles que Family Planning ont lancé un appel aux entreprises de traitement des déchets pour refuser l'incinération, dénonçant une décision « insensée ».

Des personnalités politiques comme Mélissa Camara (députée européenne, Les Verts) ont écrit à la présidente de la Commission européenne pour exiger une prise de position forte : « l'UE doit défendre avec fermeté les droits sexuels et reproductifs qu'elle affirme soutenir ». Marine Tondelier (Les Verts) a appelé Emmanuel Macron à ne pas devenir complice d'une « politique rétrograde », tandis que Le Monde, dans une tribune signée par plusieurs ONG, a dénoncé l"'absurdité" de cette destruction.

Position de l'UE et de la Belgique

La Commission européenne « prend note » des appels et rappelle l'engagement de l'Union européenne (UE) pour la santé sexuelle et reproductive, tout en demandant à la France et la Belgique de trouver une issue pour éviter cette destruction. Bruxelles a ouvert des discussions diplomatiques avec le gouvernement américain, explorant notamment la relocalisation temporaire des stocks - mais sans issue concrète à ce jour.

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