Plus que quelque deux mois et demi pour la convocation des Ivoiriens aux urnes dans le cadre de la présidentielle du 25 octobre 2025.
Plus l'échéance se rapproche, moins la météo préélectorale est sereine.
A l'évidence, c'est parti pour que le prochain scrutin majeur à venir s'inscrive dans le même registre que les précédents, tant ses prémices laissent augurer une prochaine crise post-électorale. Quelle en sera l'ampleur ? Difficile de le dire.
A l'origine de cette ambiance anxiogène, un cocktail explosif de casus belli.
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D'abord, la candidature du président sortant, Alassane Ouattara, qui brigue pour la quatrième fois successive un bail au palais de Cocody. Une prétention jugée illégale par l'opposition décidée sinon à contrecarrer ce passage en force, du moins à empêcher son auteur de l'effectuer en paix.
Ensuite, il y a l'exclusion de certains ténors de l'opposition du processus électoral.
Les uns, comme Laurent Gbagbo et Guillaume Soro, pour privation de leurs droits civiques et politiques suite à des condamnations judiciaires, et l'autre, en l'occurrence Tidjane Thiam, pour sa double nationalité au moment de son inscription sur la liste électorale.
Au terme de recours infructueux auprès des institutions compétentes pour être « rétablis dans leurs droits », les proscrits du 25 octobre à venir ont opté de faire entendre leurs voix dans la rue.
Et on en a eu un aperçu le 1er août dernier à Yopougon, commune populaire et populeuse, fief du fondateur du parti des peuples africains - Côte d'Ivoire (PPA-CI), Laurent Gbagbo.
En effet, ce jour-là, « Yop City » a été le théâtre d'une débauche de violences inouïes. Bilan : un bus de la SOTRA incendié, un véhicule de police vandalisé, de petits commerces saccagés par des individus armés de gourdins, de machettes et de cocktails Molotov et même d'armes à feu, selon le procureur de la République, Oumar Braman Koné.
En réaction à cette poussée de fièvre, les autorités judiciaires ivoiriennes ont ordonné des interpellations au sein des militants du PPA-CI.
Après l'arrestation de six d'entre eux aux lendemains de ces incidents, ce fut au tour de trois poids lourds du parti d'être convoqués dans les locaux de la préfecture de police ce vendredi 8 août.
Il s'agit de l'ex-ministre de la Défense sous Laurent la présidence de Gbagbo, Lida Moïse Kouassi, de l'ancien ambassadeur Boubacar Koné et d'un colonel des Douanes, Joël Pierre Kéké, relâché plus tard.
Soupçonnés d'être les instigateurs de la manifestation de Yopougon, les deux premiers ont été auditionnés puis maintenus en garde à vue.
Seront-ils placés en détention provisoire ou libérés sous conditions en attendant un éventuel procès ou plutôt relâchés, faute de preuves suffisantes ? Les jours à venir nous situeront davantage.
Mais en attendant, alors que la justice parle de poursuites indépendantes de toute considération politique, le PPA-CI dénonce, quant à elle, « une opération de répressions » et de « harcèlement judiciaire et politique ».
Il faut craindre que le Front commun, jonction entre le PPA-CI et le PDCI-RDA, dont la manifestation samedi dernier fut une véritable démonstration de force, ne fasse écho des appels à la libération sans conditions des personnes interpellées. Et d'en rajouter ainsi à une atmosphère préélectorale déjà lourde de tous les dangers.
Avis de tempête donc au-dessus de la lagune Ebrié malgré les assurances du président Ouattara de garantir des élections apaisées.
Espérons que les deux camps protagonistes sauront chacun raison gardée.
D'un côté, au RHDP, coalition au pouvoir, de ne pas sombrer dans la répression aveugle ou à la tentation de d'instrumentaliser la justice à des fins électoralistes, de l'autre, l'opposition, à bannir tout recours à des manoeuvres perfides visant à pousser les autorités à la faute.
Attention, attention, attention donc à ne pas convoquer les vieux démons de l'extrémisme politique qui ont fait le lit de la crise post-électorale de 2010.
Et cela passe aussi par le pouvoir judiciaire dont les actes, en cette période de volatilité politique, doivent obéir exclusivement aux principes de l'indépendance et de la neutralité. Comme on l'attend dans la présente affaire de Yopougon.