Le général Brice Clotaire Oligui Nguema ne risque plus grand chose. En tout cas sur le plan judiciaire.
Le Conseil des ministres gabonais, lors de sa séance du 12 août 2025, a adopté une ordonnance d'amnistie générale couvrant les événements du putsch du 30 août 2023, ainsi que la tentative du coup d'Etat du 7 janvier 2019.
Il y a deux ans, en effet, celui qui était alors chef de la Garde républicaine, chargé donc de la protection du président, avait déposé gentiment Ali Bongo Ondimba. Ce dernier qui avait succédé à son père, Omar Bongo Ondimba, à la mort de celui-ci le 8 juin 2009 à l'âge de 73 ans, était particulièrement diminué depuis l'Accident vasculaire cérébral (AVC) dont il a été victime en octobre 2018, de sorte que c'est pratiquement par procuration qu'il régnait.
De ce point de vue, nombreux sont ceux qui estimaient que c'était un coup d'Etat salvateur qui mettait fin à six décennies de règne des Bongo, père et fils, même si le nouvel homme fort du Gabon comptait parmi ceux qui les ont aidés à asseoir leur dynastie.
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Depuis le locataire du palais du bord de mer s'est fait fort, comme tout bon putschiste, de passer une couche de vernis démocratique sur son pouvoir conquis du bout de la baillonnette, en organisant une présidentielle naturellement remportée avec un taux de 94,85% des voix.
Maintenant que son pouvoir est assis et bien assis, il veut sans doute assurer ses arrières. Et comme généralement le bourreau est celui qui a paradoxalement peur du gourdin, pour reprendre une des sagesses africaines, Brice Clotaire Oligui Nguema n'a pas trouvé mieux que de voter une loi d'amnistie dont il est le principal bénéficiaire, lui et ses acolytes du coup d'Etat du 30 août 2023.
Mais pour faire bonne mesure, et ne pas donner l'impression que c'est une ordonnance « Ad hominem », il a également repêché les pieds nickelés qui avaient tenté le 7 janvier 2019 de renverser Ali Bongo Ondimba. Ce jour-là, l'ex-lieutenant Kelly Ondo Obiang, accompagné de Dimitry Nze Minkou et Estimé Bedima, avait brièvement pris le contrôle de la radio nationale, appelé l'armée et la population à renverser le pouvoir. L'échec de leur action s'était soldé par une lourde peine de prison, tandis que d'autres prévenus étaient acquittés. A l'issue de leur procès intervenu en juillet 2021, ils avaient écopé de 15 ans de prison ferme.
Pour tout argument, les concepteurs de l'ordonnance estiment que ce « texte vise à contribuer à l'apaisement et à la réconciliation nationale en tournant définitivement la page de ces événements ». Une bonne intention qui cache mal le désir de se prémunir de toute poursuite pénale.
A présent donc que Brice Clotaire Oligui Nguema peut dormir tranquille, judiciairement parlant, il a désormais toutes les mains libres pour entreprendre le vaste chantier de redressement d'un pays potentiellement riche, mais dont hélas les fruits de la croissance ne sont pas partagés par tous.