Il faut saluer le gouvernement. Pas par réflexe courtisan, mais parce que la transparence a eu raison de l'opacité. Le Land Drainage Master Plan (LDMP), longtemps confiné aux tiroirs de l'administration malgré un coût faramineux de près de Rs 70 millions, est enfin du domaine public.
Ce rapport n'est pas un simple document technique. Il est la pierre angulaire d'une stratégie nationale face aux inondations, ces catastrophes répétitives aggravées par le changement climatique. Commandé en 2022 avec l'appui de l'Agence Française de Développement, il ambitionne de réduire la vulnérabilité des communautés et des infrastructures critiques, grâce à une gestion intégrée et stratégique du réseau de drainage à travers Maurice.
Il faut rappeler que ce n'est pas tombé du ciel. En février dernier, l'express exigeait, au nom de la transparence, que ce rapport soit publié. Depuis 2022, les questions parlementaires se heurtaient au silence embarrassé des ministres. On se souvient encore de Bobby Hurreeram, incapable de répondre à Xavier-Luc Duval lors d'une PNQ, préférant esquiver plutôt qu'assumer.
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Et plus récemment, en début d'année, le lancement annoncé par Ajay Gunness, ministre des Infrastructures, avait été mystérieusement annulé à la dernière minute.
Ce flou entretenu nourrissait toutes les suspicions : pourquoi cacher un rapport financé par des fonds publics, alors que les Mauriciens subissent à répétition les crues dévastatrices ? Dans un pays où la propriété foncière reste une valeur émotionnelle, presque sacrée, chaque citoyen a le droit de savoir si son terrain est menacé par les eaux.
Ailleurs, les pratiques sont claires. Aux États-Unis, chaque acheteur connaît le risque encouru avant d'investir : cartes codées, historique des sinistres et des indemnisations, transparence totale. En France, près de 10 % du parc immobilier se situe en zone inondable, mais l'information est publique et actualisée. C'est ce qui permet d'investir en connaissance de cause.
À Maurice, au contraire, permis de construire distribués sans rigueur, contrôles inexistants ou bâclés, et parfois dessous-detable qui accentuent la dérive. Résultat : des maisons et commerces poussés dans des zones vulnérables, et un État frileux à assumer l'ampleur du problème. Dans ce contexte, l'absence de publication du LDMP devenait un symbole criant d'opacité institutionnelle.
Depuis 2017, les annonces budgétaires et politiques pleuvent : création de la Land Drainage Authority, Rs 1,3 milliard pour des drains en trois ans, acquisition d'un modèle numérique de terrain, cartographie de 40 zones critiques, enveloppes de Rs 650 millions puis Rs 1,2 milliard... Jusqu'à atteindre Rs 11,7 milliards annoncés pour 2021- 2024. Et pourtant, sur le terrain, les résultats se font attendre.
À force d'attendre, ce rapport devenait un symbole d'échec. Le laisser croupir dans le silence, c'était alimenter un terreau fertile à la corruption, au gaspillage et à la méfiance citoyenne. Sa publication, enfin, marque une rupture nécessaire.
Le LDMP, enrichi par la revue d'un comité technique indépendant, fixe des priorités claires : amélioration de la cartographie des risques, protocoles de sécurité, sensibilisation, relocalisation et surtout mise en oeuvre rapide des interventions de drainage. Ce n'est plus une liste de voeux pieux : c'est une feuille de route qui engage le gouvernement et ses institutions.
Reste que la transparence ne s'arrête pas à un rapport. Elle doit devenir la règle. Ce qui vaut pour le LDMP vaut aussi pour Agalega, dont les détails restent encore opaques. Le même principe devrait s'appliquer : les Mauriciens ont le droit de savoir ce qui est fait en leur nom, avec leurs impôts.
Saluer la publication du LDMP, c'est reconnaître une victoire citoyenne et institutionnelle. Mais ce n'est qu'une première étape. Le vrai test résidera dans la capacité du gouvernement à transformer ce document en actions concrètes et visibles, plutôt qu'en une nouvelle liste d'annonces sans lendemain.
Le citoyen lambda, qui a sacrifié des années d'économies pour acheter un terrain, n'a pas besoin de promesses : il exige la vérité et des mesures effectives pour protéger sa maison, son commerce, son avenir.
En publiant enfin ce plan, le gouvernement a montré qu'il pouvait céder à la pression de la transparence. Reste à savoir s'il saura, cette fois, tenir parole et faire de la lutte contre les inondations une véritable priorité nationale. Et publier ces autres rapports qu'on cache, dont celui sur Agalega...