Ile Maurice: Les vieilles pratiques du nouveau pouvoir

C'est Jugnauth qui doit rire un bon coup ! Bientôt, le MSM pourra dire merci au gouvernement qui, par ses erreurs, facilite son retour sur le devant de la scène. Le carton rouge brandi par une opinion publique choquée et déçue suite aux récentes nominations confirme nos moeurs politiques locales : tous les mêmes ! Les couleurs changent, de nouvelles têtes remplacent les anciennes, le système persiste : pourri, immuable, désespérant...

Mais la pression populaire a eu heureusement raison du pouvoir. La décision prise par la fille du député travailliste Juman, qui a décliné sa nomination contestée comme commissaire à la Competition Commission, suivie de celle de Frédéric Curé, qui refuse le poste de président d'Airport Holdings Ltd, sont salutaires. Car ces choix renvoyaient une image loin du changement attendu : népotisme, copinage, arrogance...

Est-ce que les dirigeants ont réalisé - tardivement - leur faux-pas ? Est-ce que le Premier ministre comprend que sa réponse sarcastique fut indécente : «Al chek enn kout bann nominasion MSM, lerla ou revinn get mwa...»

Fallait-il que Lesjongard lui rappelle cette évidence ? Que «lepep inn fini ziz MSM dan dernie eleksion» ?

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Quant à Bérenger, il aura beau dire que la nomination de ses proches fut une décision du Premier ministre, il aura beau qualifier les critiques d'«hystériques» ou de «palabres», il n'a pu empêcher la perception que ces nominations (indépendamment des compétences des concernés) furent obtenus grâce à une proximité familiale.

La position de Bérenger fut encore plus troublante quand d'un côté, il s'opposa à certaines nominations - à tort ou à raison - alors que de l'autre, il défendait sans sourciller celles de ses proches. Une posture témoignant de la géométrie variable des principes chez nos leaders politiques.

Le cas Juman illustre cette duplicité où les règles de méritocratie et de transparence s'appliquent à d'autre et pas à soi : prompt à dénoncer ses camarades de Rezistans ek Alternativ (coupables d'un faux pas, certes), il avait «découvert» à son tour que sa propre fille, fraîchement diplômée, avait été nommée à un poste clé.

Et Juman, tout comme Bérenger, avait joué le même scénario : il ne savait pas. Ce fut une décision du Premier ministre ! L'indignation collective a finalement forcé la main de la fille de Juman à revoir sa position ! Le poste a été refusé et le public montre sa satisfaction sur les réseaux. Une décision qui fut ensuite suivie de celle de Curé, déclinant lui aussi le poste de président d'Airport Holdings Ltd.

Est-ce que ces soubresauts qui traduisent l'humeur d'un peuple déçu par un engagement non tenu de changement seront pris en compte ? Si le bon sens a prévalu dans ces deux cas, le public s'attend toujours aux promesses de transparence, de méritocratie, de commissions indépendantes permettant à tous les fils et filles du sol d'avoir une égalité des chances quand il s'agit de recrutements dans les services public et parapublic.

Neuf mois plus tard, les Mauriciens ne voient pas de différence entre le gouvernement du jour et le précédent. Et c'est Jugnauth qui doit rire un bon coup !

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