Tanzanie: Le procès du principal opposant Tundu Lissu est renvoyé dès son ouverture

Le chef de l’opposition tanzanienne, Tundu Lissu

En Tanzanie, le procès tant attendu de l'opposant Tundu Lissu s'est ouvert lundi à Dar es Salaam, pour être aussitôt renvoyé devant la Haute Cour, seule compétente à juger son dossier pour trahison. Une audience marquée par une décision controversée : l'interdiction de toute diffusion en direct, ce qui alimente les critiques de l'opposition. D'autant que, dans une autre affaire, le parti Chadema a vu ses activités suspendues et ses biens gelés par la justice. Un tour de vis supplémentaire à deux mois de la présidentielle.

Censée démarrer à 9h, heure locale, l'audience s'est finalement ouverte avec deux heures de retard ce 18 août, au tribunal de Kisutu, à Dar es Salaam, en Tanzanie.

Une séance marquée par les prières de militants et dirigeants du Chadema, le parti de Tundu Lissu, pour la nation. Combatif selon ses proches, l'opposant a tenté d'appeler comme témoins la présidente Samia Suluhu Hassan, le vice-président et le Premier ministre, avant d'être interrompu en pleine plaidoirie.

Autre décision contestée : plus aucune diffusion en direct, jusque-là le seul moyen pour ses partisans de suivre l'affaire à distance. Pour Chadema, c'est la preuve que le pouvoir veut juger Tundu Lissu dans l'ombre.

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Pour le vice-président du Chadema, John Heche, ce huis clos illustre une volonté politique de museler l'opposition. « C'est une affaire fabriquée, sans fondement pour être portée devant la justice. Et c'est pour cela qu'aujourd'hui encore, ils ont refusé toute diffusion en direct, empêchant les Tanzaniens de voir quels témoins viennent accuser Tundu et ce que le gouvernement a réellement préparé. Ils veulent pendre Tundu dans l'ombre. Nos subventions, nos comptes bancaires, tout est gelé. Notre parti n'a plus le droit d'organiser de réunions internes, ni de rassemblements politiques. Nos militants sont réduits à agir dans la clandestinité. Ce n'est pas seulement le procès de Lissu, c'est tout Chadema qui est combattu sur tous les fronts ».

Une stratégie « bien rodée » des autorités

Les multiples reports du procès sont, selon l'analyste tanzanien Cyrillo Christopher, une stratégie bien rodée pour pousser l'opposant à bout. Mais il rappelle que Tundu Lissu reste combatif. « Après tant de reports, la stratégie est claire : attendre que Lissu s'affaiblisse. Mais il reste fort et déterminé à se battre. Souvenez-vous que Freeman Mbowe, l'ancien président de Chadema, avait passé près d'un an en prison, alors que Lissu n'y est que depuis quelques mois ». À deux mois de la présidentielle, l'opposition dénonce une justice instrumentalisée pour écarter son principal candidat et réduire Chadema au silence.

Autre inquiétude : l'usage de témoins anonymes, dénoncé comme une atteinte au droit de l'opposant à un procès équitable. À deux mois de la présidentielle, Chadema dénonce une justice instrumentalisée. La Haute Cour n'a pas encore fixé de nouvelle date pour son procès. Poursuivi pour trahison, accusé d'avoir appelé au boycott de la présidentielle d'octobre prochain, Tundu Lissu risque la peine de mort.

Dans ce climat, une dizaine de membres du Chadema ont encore été arrêtés il y a trois jours. Ils sont détenus au secret, sans possibilité de communiquer avec l'extérieur, selon le parti d'opposition.

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