C'est un air qui fait ces derniers temps le tour des réseaux sociaux. Et pourtant, la version originale date des années 1980 : le refrain de la chanson « Kasongo Yéyé », de l'orchestre congolais Super Mazembe, repris lors d'une prédication en Ouganda, est devenu depuis 2024 un véritable phénomène en Afrique centrale. Musiciens, comédiens, influenceurs : tous reprennent ce son dans leurs publications vidéo en lui donnant parfois une nouvelle identité.
Tout est parti d'un moment insolite : un pasteur ougandais entonne ce refrain en pleine prédication. Le titre parle d'une femme qui appelle son époux Kasongo à revenir dans le mariage. Filmée, la scène devient virale. Résultat : près de 42 millions de vues cumulées pour les différents remix sur TikTok. Des comédiens l'utilisent pour parler du quotidien.
Les internautes, à l'image de Sandrine, en raffolent. « Lorsque tu entends ce son, tu t'attends à une blague, juste pour rigoler, explique-t-elle. Les gens publient beaucoup plus des vidéos amusantes ».
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Chris Ndizi Bro, un jeune artiste congolais vivant à Kolwezi, suivi par plus d'un million de fans, a, lui aussi, sauté sur l'occasion. « La chanson m'avait vraiment inspiré, souligne-t-il. Étant donné que la chanson Kasongo Yéyé est perçue comme humoristique, je me suis dit : pourquoi ne pas faire du rap comique ? »
Le studio Choonde Mudenda en Zambie n'a pas non plus échappé à la tentation de remixer ce morceau. À Lubumbashi, au sud de la RDC, l'acteur de théâtre Sando Marteau annonce quant à lui une performance spéciale de ce refrain lors de son spectacle prévu en septembre. « Mon souci est d'immortaliser, de pérenniser, ce son-là comme je l'ai toujours fait en faveur de l'art de l'espace Grand Katanga », affirme-t-il.
Aujourd'hui, Kasongo Yéyé, dont l'orchestre a des origines au Katanga, s'invite dans les vidéos humoristiques, des sketchs, des animations, aussi bien au Congo qu'à l'étranger.
Pérenniser les musiques issues des provinces congolaises «avec la transcription des chansons et l'écriture de leur partition» Au-delà de Kasongo Yéyé, immortaliser les anciennes mélodies congolaises est un défi. Défi que s'était lancé le professeur Yoka Liye, ancien directeur de l'Institut national des arts de Kinshasa. Cela a conduit à l'inscription de la rumba congolaise au patrimoine immatériel de l'Unesco en 2021.
Mais pérenniser la musique issue des provinces de RDC reste encore un projet. « Ce que nous faisons, c'est la transcription des chansons, écrire la partition, explique-t-il. On a fait trois anthologies sur ce que nous appelons la rumba de référence. On les a publiées. C'est d'ailleurs cette réalisation qui nous a valu l'inscription au patrimoine immatériel. Ensuite, nous avons un orchestre qui interprète les chansons. Si j'étais resté là, j'aurais été à l'intérieur du pays pour réinterpréter la musique de Jean Bosco Mwenda [guitariste très renommé en Afrique, NDLR] que j'adore, j'aurais continué avec le Katanga, parce que, là-bas, il y a eu des merveilles. Réinterpréter ces chansons, nous le faisons déjà, mais mettre cela en partition, c'était un projet ».