Ile Maurice: Six mois après les révélations, où en est l'affaire ?

Six mois se sont écoulés depuis que le Premier ministre Navin Ramgoolam a jeté une bombe politique à l'Assemblée nationale en dénonçant un système de surveillance généralisée mis en place par l'ancien gouvernement MSM. Aujourd'hui, si le dossier continue d'alimenter débats et interrogations, l'opinion publique attend toujours des réponses claires et des suites judiciaires.

Le 4 février, le ton était grave. Navin Ramgoolam avait choisi de s'appuyer sur la Constitution pour introduire son propos. Citant l'article 12, il avait rappelé que la liberté d'expression, le droit à la vie privée et la protection des correspondances sont des droits fondamentaux garantis à tout citoyen mauricien. «Le phone tapping constitue une violation de ces droits», avait-il martelé, présentant la fin de ces pratiques comme une «urgence nationale» dès sa prise de fonction. Pour lui, ce scandale dépassait le seul terrain politique. Il s'agissait d'un enjeu de démocratie, de respect des libertés et de confiance envers les institutions. «Ce n'est pas uniquement une question d'opposants écoutés ou de journalistes surveillés, mais de l'ensemble de la population», avait-il averti.

Le Premier ministre avait ensuite livré le coeur de ses accusations, en s'appuyant sur un rapport préliminaire établi par des experts internationaux. Selon leurs conclusions, le régime précédent, conduit par le MSM, n'aurait pas seulement ciblé quelques opposants ou personnalités politiques. Il s'agissait d'un système de surveillance de masse d'une ampleur inédite à Maurice. «Every mobile phone conversation, every landline call, every post on WhatsApp, Facebook, Signal, TikTok, every e-mail - of everyone», avait-il lancé devant l'Assemblée, insistant sur le mot «everyone». Le dispositif aurait eu la capacité d'intercepter et de stocker la totalité des communications numériques de l'île : appels, messages, courriels, publications en ligne.

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Même certains ministres de l'époque, des alliés politiques, des membres de la magistrature, et bien sûr des journalistes, auraient été concernés. Les experts internationaux cités par Navin Ramgoolam avaient qualifié l'installation de «mass-monitoring tool for state surveillance of the people of Mauritius».

Un coût exorbitant : plus de 110 millions de dollars

Outre l'ampleur du dispositif, son coût avait sidéré. Navin Ramgoolam avait révélé que l'État mauricien avait déjà engagé plus de USD 110 millions (Rs 5,04 milliards) pour son acquisition. Une société basée à Dubaï, Pertsol, était chargée de l'entretien, facturée à 7,5 millions (Rs 343,6 millions) de dollars par an. «Comment peut-on dépenser de telles sommes, alors que la population peine à joindre les deux bouts ?», s'était indigné le Premier ministre, insinuant que ces montants disproportionnés pouvaient cacher des détournements ou des commissions occultes. L'affaire, selon lui, relevait autant d'un scandale financier que d'un scandale démocratique.

Un autre élément marquant des révélations concernait la destruction de preuves. Navin Ramgoolam avait affirmé que, lors de la proclamation des résultats des élections générales, des stations de surveillance avaient été «nettoyées» en urgence. «Ils pensaient qu'ils allaient gagner et quand ils ont réalisé qu'ils perdaient, ils ont tout effacé», avait-il accusé. «Les experts ont les moyens de récupérer les données effacées. Détruire ces preuves constitue une infraction pénale passible de lourdes sanctions», avait-il également déclaré.

Navin Ramgoolam avait conclu son intervention par une promesse ferme : l'ensemble du dispositif avait été débranché, catalogué et mis hors service. «Il n'y aura jamais, sous ce gouvernement, de restauration d'un tel système de surveillance de masse», en rappelant que ni lui ni son adjoint, Paul Bérenger, n'avaient eu recours à de telles méthodes lors de leurs précédents mandats. Il avait aussi promis de rendre public un rapport détaillé et d'«aller jusqu'au bout» pour identifier les responsables. «Ils devront rendre des comptes devant la justice», avait-il affirmé.

Six mois après ce discours, une question domine : qu'est-il advenu de ces promesses ? Le gouvernement affirme avoir définitivement désactivé le système et poursuit ses investigations. Mais aucun rapport officiel n'a encore été rendu public et aucune procédure judiciaire n'a été engagée contre d'anciens responsables politiques ou administratifs.

Nous avons tenté d'obtenir une réponse du Prime Minister's Office concernant l'avancement de cette enquête. Toutefois, le chef du gouvernement étant actuellement en mission officielle au Japon, une réaction est attendue à son retour à Maurice.

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