Tunisie: Urgences hospitalières - Kaïs Saïed : «La dignité du citoyen commence par la garantie de son droit aux soins»

24 Août 2025

En visite-surprise à l'hôpital La Rabta, le Président de la République a exigé la prise en charge immédiate de tout patient en détresse, sans condition préalable. Une réaction qui intervient dans un contexte marqué par des drames récents et une saturation inquiétante des urgences.

Le Président de la République, Kaïs Saïed, s'est rendu jeudi à l'hôpital de La Rabta, dans le cadre d'une visite inopinée au service des urgences. Sur place, il a inspecté les lieux, dialogué avec le personnel médical et insisté sur un principe clair : aucun patient en danger ne doit attendre ni payer avant d'être soigné.

«La santé humaine est une priorité, elle ne doit jamais être conditionnée par des contraintes matérielles ou bureaucratiques», a martelé le Chef de l'État. Pour lui, c'est au médecin, et non à un guichetier, de décider du caractère urgent ou non d'un cas. Les formalités administratives, a-t-il rappelé, doivent intervenir après les soins et non avant.

Une réforme fondée sur l'égalité

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Le Président a inspecté les conditions d'accueil des patients dans le service des urgences. En présence du ministre de la Santé, Mustapha Ferjani, il a discuté avec le staff médical et paramédical, en soulignant l'importance du principe du droit à la santé pour tous, indépendamment de la situation financière.

Il a affirmé que «la dignité du citoyen commence par la garantie de son droit aux soins», ajoutant à cet effet que la réforme du système de santé doit être fondée sur des principes que sont l'égalité et la justice, avec la suppression des obstacles bureaucratiques qui mettent en danger des vies humaines.

Cette prise de position survient après plusieurs incidents dramatiques, dont celui survenu à Gafsa, où une jeune fille est décédée des suites d'une appendicite compliquée. Une enquête a été ouverte pour déterminer les responsabilités, mais ce drame ne fait qu'illustrer, une fois de plus, les grandes failles d'un système de santé débordé et miné par des blocages administratifs.

Au-delà de l'émotion suscitée, le constat est frustrant. Nos urgences, déjà saturées et privées des moyens humains et logistiques indispensables, sont le plus souvent le théâtre de tensions multiples. Si certaines familles de patients se livrent à des actes inacceptables allant jusqu'à la violence contre le personnel médical, le corps paramédical et administratif n'est pas exempt de dérives : des comportements inadaptés face à des cas critiques aggravent encore une situation déjà explosive.

Améliorer la coordination et réduire les blocages

Dans une analyse publiée sur son compte Facebook suite à ce drame, la professeure Lamia Kallel, membre du Conseil national de l'Ordre des médecins de Tunisie, a souligné l'urgence de désengorger les services hospitaliers déjà saturés. Elle appelle à orienter les patients souffrant de pathologies bénignes vers la médecine de première ligne, qui doit être renforcée sur l'ensemble du territoire.

Selon elle, «le projet d'identifiant unique du patient, récemment annoncé, est présenté comme une piste prometteuse pour améliorer la coordination et réduire les blocages. De même, l'intégration de gestes médicaux simples et rapides -- échographie de débrouillage, tests biologiques au doigt -- pourrait fluidifier la prise en charge».

Chaque drame hospitalier doit être une occasion de réformer les pratiques, en s'appuyant sur les évolutions technologiques, tout en développant des solutions adaptées aux besoins et aux moyens tunisiens, plutôt que de reproduire des modèles étrangers, conclut-elle.

Le ministère de la Santé a annoncé l'ouverture d'une enquête administrative et médicale, aux niveaux régional et central, après le décès d'une jeune fille à l'hôpital régional de Gafsa. La victime est morte des suites de graves complications, malgré une intervention d'urgence et un suivi médical jugé rigoureux.

Le département avait appelé à ne pas tirer de conclusions hâtives avant la fin des investigations. Il a également promis d'en publier les résultats «en toute transparence», afin de préserver la dignité du patient et de renforcer la confiance des citoyens dans le service public de santé.

Dans le même communiqué, le ministère a réaffirmé son engagement à garantir des soins équitables et de qualité pour tous, tout en saluant les efforts du personnel médical et paramédical dans les différentes structures sanitaires du pays.

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