Congo-Kinshasa: Les frais de service comme frein à la bancarisation

En RDC, nombre de consommateurs critiquent des frais bancaires trop élevés, relançant le débat sur l'accessibilité des services financiers dans le pays

En République démocratique du Congo, des consommateurs dénoncent le coût jugé excessif des services bancaires. Des frais parfois dissuasifs, notamment pour obtenir un simple relevé de compte.

Jeff Kabeya sort tout juste d'une banque à Kinshasa. Il explique que son "salaire est versé directement à la banque, ce qui m'oblige à demander régulièrement un relevé pour contrôler mes dépenses. Mais chaque fois, on me facture comme si je demandais un privilège. Pour un retrait entre 1 et 500 dollars, on prélève plus de 5 dollars, auxquels s'ajoutent les frais mensuels de tenue de compte. Résultat : plus de 10 dollars s'envolent rien que pour accéder à mon propre argent. Ce n'est pas acceptable".

Appels à davantage de protection des consommateurs

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Un constat partagé par Ruth Mbuyi, une autre cliente, qui dénonce l'absence de protection des usagers. Elle parle d'une "sorte de jungle où la population subit sans protection les règles imposées par certaines entreprises, souvent étrangères, pendant que les autorités ferment les yeux. Franchement, jusqu'où cela va-t-il aller ? N'existe-t-il pas une organisation de défense des consommateurs pour dénoncer ces abus en justice, ou mobiliser la population afin d'interpeller nos dirigeants ?"

Face à ces plaintes, comment sont fixés ces tarifs controversés ? Et quelles sont les réalités économiques du secteur bancaire congolais ?

Selon Joseph Mukuta, expert en comptabilité bancaire à l'Université de Kinshasa, "dire que les services sont exorbitants, ce n'est pas forcément le cas. Mais certaines banques fixent effectivement des prix très élevés, alors que d'autres proposent des tarifs plus bas. Il faut comprendre que la fixation des prix est encadrée par la loi sur la liberté des prix et de la concurrence. Chaque banque établit donc ses propres frais en fonction de ses coûts opérationnels".

Vers la digitalisation des services bancaires

Des coûts opérationnels qui, selon l'économiste, restent particulièrement lourds en RDC. Joseph Mukuta soutient que "la plupart des banques doivent assumer des charges importantes liées à l'énergie, aux groupes électrogènes, aux technologies importées ou encore aux connexions internet. À cela s'ajoute une autre réalité : moins d'un quart de la population congolaise est bancarisée, et près de la moitié de ces clients sont des fonctionnaires de l'État. Ce marché réduit limite la diversification et pousse certaines banques à maintenir des frais élevés".

Résultat : ces coûts nourrissent la méfiance et freinent l'inclusion financière. Mais des solutions existent, selon l'expert. Il explique que "la digitalisation des services bancaires est une première piste. Plusieurs banques proposent déjà des consultations de comptes via mobile ou internet, ce qui réduit les coûts. Il faut aussi stimuler la concurrence, car le marché bancaire reste limité. Enfin, un cadre réglementaire pourrait encadrer certains frais afin de renforcer l'accessibilité et la confiance".

Entre les plaintes des consommateurs et les contraintes économiques des banques, le débat reste ouvert. Mais sans tarifs plus adaptés, la bancarisation du pays risque de stagner, laissant une majorité de Congolais en marge du système financier.

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