La nouvelle est tombée en fin de semaine écoulée et s'est très vite répandue comme une traînée de poudre. En effet, le gouvernement a mis fin aux activités du projet Target Malaria sur toute l'étendue du territoire national.
Quant aux enceintes contenant les moustiques génétiquement modifiés, l'autorité dit les avoir mises sous scellés. Dans le même temps, elle annonce que les moustiques mâles biaisés génétiquement modifiés lâchés dans le village de Souroukoudingan, dans le Houet, « ont été traités avec succès ». Pour rappel, le projet « Target Malaria » intervient dans le cadre de la lutte contre le paludisme.
Il consiste en l'élimination du vecteur par des moustiques à impulsion génétique mis au point par la technologie du forçage génétique. En d'autres termes, le projet Target Malaria produisait, pour ainsi dire, des moustiques génétiquement modifiés, qu'il lâchait dans la nature en vue de rendre inoffensif l'anophèle femelle et dans le même temps, freiner sa prolifération.
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En soi, cela n'a rien de mauvais. Sauf que la pratique, en elle-même, fait l'objet de controverse parce que beaucoup estiment qu'elle pose de sérieux problèmes d'éthique en ce sens qu'elle est capable d'exterminer une espèce. Une bonne chose ou non ? En tout cas, certains estiment que cela constitue une menace sérieuse pour l'écosystème. C'est d'ailleurs pour cette raison que bien des scientifiques appellent à une très grande prudence. Pour eux, le forçage génétique reste, pour l'instant, une technologie qui n'est pas encore prête à être utilisée.
Le paludisme étant une réalité, il revient au Burkina de mettre les bouchées doubles pour le contrer
Pourquoi donc le Burkina Faso avait-il accepté de jouer les cobayes là où bien des pays à travers le monde, se sont montrés très réticents ? C'est la question que plus d'un se pose. Face donc au sujet, on n'est pas surpris de la décision prise par les autorités burkinabè, surtout que Target Malaria, on le sait, a été dès le début, contesté par une frange de la population.
On a beau expliquer le bien-fondé de la chose, force est de reconnaître que les populations restent sceptiques. Parfois même, elles ont soutenu qu'il s'agit d'une stratégie toute trouvée par les Blancs, pour les exterminer. Fantasmes ou réalité ? Je constate, en tout cas, que la pratique que propose Target Malaria pour venir à bout de la pandémie du paludisme, n'a jamais fait l'objet d'un débat public dans notre pays.
Or, dans un contexte où la confiance n'est plus la chose la mieux partagée, la prise de certaines décisions mérite de faire l'objet d'une participation citoyenne aux fins d'enrichir la réflexion et d'éclairer davantage les décideurs. Certes, personne, dans ce Burkina, ne peut s'opposer à une initiative visant à lutter contre le paludisme, mais encore faut-il que celle-ci ne soit pas sujette à caution.
Cela dit, en mettant un terme au projet Target Malaria, le Burkina Faso a fait son choix, celui de mettre ses populations à l'abri de conséquences imprévisibles. Mais le paludisme étant une réalité, il lui revient de mettre les bouchées doubles pour contrer le fléau comme ont réussi à le faire certains pays africains. Certes, on le sait, les autorités ne restent pas les bras croisés. Bien au contraire, elles se battent comme elles peuvent pour bouter le paludisme hors des frontières du pays, mais le mal est toujours là.
En plus de la distribution gratuite des moustiquaires imprégnées d'insecticide, il faudra notamment renforcer la pulvérisation intra-domiciliaire d'insecticide à effet rémanent. L'insalubrité étant la véritable source du paludisme dans notre pays, il y a aussi lieu d'inviter les uns et les autres au souci de l'assainissement de leur cadre de vie. A cela, il faut ajouter la vulgarisation du vaccin antipaludique de sorte à le rendre accessible à toutes les couches sociales.