Ethiopie: Cinquante ans après, l'ombre persiste sur les conditions de la mort de l'empereur Selassié

Empereur d'Éthiopie, Haile Selassié

Il y a cinquante ans mourrait le dernier empereur d'Éthiopie, Haile Selassié. Détrôné par les hommes du régime communiste du Derg, le Négus est enfermé pendant onze mois après son arrestation avant de mourir de façon tragique. Les conditions de sa mort sont restées mystérieuses jusqu'à la tenue d'un procès fleuve entre 1994 et 2008. Les conclusions de cette procédure judiciaire, d'une ampleur inédite en Afrique à cette époque, sont pourtant restées dans l'ombre.

Beedemariam Mekonnen est emprisonné dans les sous-sols de l'ancien palais des empereurs, lorsqu'il apprend la mort de son grand-père. Enfermé avec les anciens membres du gouvernement impérial, il découvre dans les journaux l'annonce de la mort d'Haile Selassié avec la version du Derg. « La raison qu'ils ont donnée était incroyable. Ils ont dit qu'il était malade et qu'ils avaient essayé d'appeler son docteur, mais comme il n'avait pas répondu, il était décédé. Ses domestiques ont été enfermés quelques jours pour qu'ils ne parlent pas. Puis quand ils ont été relâchés, ils nous ont raconté ce qui s'était passé ».

Vingt ans plus tard, dans un procès fleuve, qui s'est tenu de 1994 à 2008, le témoignage des domestiques du dernier empereur d'Éthiopie, permettent de prouver de façon officielle qu'un garde du régime a étouffé Haile Selassié avec un oreiller imbibé d'éther. Yosef Kiros était parmi les procureurs du procès. « Le domestique a raconté devant la Cour qu'il avait été expulsé de force de la chambre par un garde du régime. Et que lorsqu'il avait pu revenir, il avait senti une mauvaise odeur. Sur le moment, l'empereur était encore conscient, puis il a perdu connaissance », se souvient-il.

Un des assistants de Haile Sélassié, a aussi témoigné à la cour. Il a été chargé de creuser la tombe de l'empereur cette nuit-là. « L'homme a raconté comment il avait dû faire creuser un trou sous le bureau de Mengistu. Il a aussi du ramené un cercueil pour enterrer l'empereur. Lorsque le régime est tombé, il a montré l'endroit et les restes de Haile Selassie y ont été retrouvés ».

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Une procédure jamais rendue publique

Quatorze ans de procès ont abouti à la condamnation d'une centaine d'anciens membres du Derg à des peines allant jusqu'à la perpétuité et à la peine de mort pour le dictateur Mengistu. Mais le compte rendu de cette procédure et les témoignages n'ont jamais été publiés. Beedemariam Mekonnen reconnaît que justice a été rendue, mais que cela n'a pas été suffisant. « On n'a pas parlé de ce procès, il n'a pas été diffusé auprès du grand public, donc pour moi la leçon a été perdue. Les gens, les jeunes, doivent savoir pour que ça ne se répète pas », explique-t-il.

Pourtant, les procureurs ont épluché plus de 25 000 documents laissés par le régime et collecté près de 5000 témoignages des proches des victimes. Pour Yosef Kiros, les raisons du silence qui entoure cette enquête sont multiples. « Cela a été très long, le procès a duré plusieurs années et donc au bout d'un moment le public ne venait plus. Nous avons mené ce procès seuls. Sans la contribution des instances internationales, sans les médias internationaux, dans notre langue. À la fin du procès, il aurait fallu que le gouvernement donne un accès public aux documents, mais personne ne l'a fait ».

Toutes les condamnations prononcées par la Cour Suprême Fédérale éthiopienne n'ont pas été respectées. Condamné à la peine de mort en 2008, Mengistu vit toujours au Zimbabwe, où il s'est réfugié à la chute de son régime en 1991.

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