Ile Maurice: 15,5 % de Maurice classé zone inondable

Le Land Drainage Master Plan (LDMP) a été rendu public, hier, par le ministre des Infrastructures nationales, Ajay Gunness, au Labourdonnais Waterfront Hotel, à Port-Louis. Lors de sa présentation, le ministre Gunness a lancé : «C'était long overdue.» Prêt en 2022, le rapport n'a finalement été rendu public que ce lundi. Le ministre n'a pas mâché ses mots. «Li enn krim seki finn fer de 2022 a 2025. Finn les piblik dan nwar.»

Il a expliqué que, durant cette période, de nombreuses personnes ayant acquis des terrains ont vu leur demande de Building and Land Use Permit rejetée. Selon lui, le LDMP apporte désormais un éclaircissement aux propriétaires et promoteurs, indiquant quelles constructions sont possibles et sous quelles conditions. Interrogé sur les mesures mises en place pour empêcher toute construction sur les zones inondables, le ministre a été catégorique : «Aucune licence de construction ne sera octroyée.»

Le rapport, qui comprend deux volumes et plusieurs annexes, identifie les zones à risques, précisant celles où la construction est autorisée et celles où elle est interdite. Il est également accompagné d'un outil essentiel de gestion des risques d'inondation :

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le Digital Elevation Model (DEM), désormais mis à la disposition du grand public. Selon lui, il s'agit d'un outil que les experts peuvent utiliser pour analyser la topographie des sites et déterminer, par exemple, la direction d'écoulement des eaux de pluie. Le DEM couvre l'ensemble du territoire mauricien, ce qui permettra désormais de réaliser plus facilement des simulations. Le ministre reconnaît cependant la nécessité d'une révision du rapport car plusieurs travaux ont déjà été réalisés depuis sa préparation.

Au sujet des sites identifiés comme présentant de grands risques d'inondations, le ministre a précisé que 16 régions ont été répertoriées et classées en deux catégories : les No-Go Zones, où toute construction est interdite, et les No-Expansion Zones, où seules les extensions verticales sont autorisées. Ainsi, 11 % de la superficie de Maurice, soit 218,33 km², est classée en No-Go Zones. Par ailleurs, 4,5 %, soit 94,01 km², relève des No-Expansion Zones. Au total, 15,5 % du territoire mauricien est considéré comme zone inondable.

Le ministre Gunness déplore le fait que l'ancien gouvernement n'ait pas rendu public le rapport et égratigne l'ex-ministre Steven Obeegadoo au passage. «En juillet 2022, Steven Obeegadoo a présidé un comité interministériel à ce sujet.

Au lieu de trouver une façon de rendre public le rapport, le gouvernement d'alors a demandé à la Land Drainage Authority (LDA) de produire un résumé, qui ne mentionne pas les recommandations concernant les No-Go Zones et No-Expansion Zones.» Il ajoute que, depuis la finalisation du LDMP, seuls 7 % des travaux ont été réalisés.

Gestion des inondations : Infrastructures, prévention et maintenance

Le LDMP fait le point sur les risques et les infrastructures, tout en proposant des actions à court et moyen termes, ainsi que des mécanismes de suivi et de contrôle des systèmes de drainage. Pour mieux visualiser ces risques, des cartes de risques d'inondation ont été établies pour 16 zones prioritaires et complémentaires (voir hors-texte ci-dessous), en utilisant des modélisations adaptées à la topographie et aux zones côtières.

Parallèlement, les informations sur l'urbanisation, la population, les activités économiques et les projets futurs ont été intégrées dans un Système d'Information Géographique, permettant d'analyser la vulnérabilité et d'évaluer les coûts et bénéfices des actions envisagées.

Ces cartes couvrent différentes périodes, allant de dix à 100 ans. Grâce aux analyses, environ 600 km de drains principaux ont été inventoriés dans les cinq municipalités et les sites les plus vulnérables aux inondations.

À cela s'ajoutent les zones naturelles - plaines basses, marécages, lacs, rivières, mangroves et dunes - qui jouent un rôle crucial de stockage et de filtration de l'eau. Le LDMP propose des actions coordonnées qui combinent mesures structurelles (bassins de rétention, drains, digues), relèvement des populations vulnérables et mesures non structurales (sensibilisation, marqueurs d'inondation, mise à jour des données).

L'intégration du risque d'inondation dans l'urbanisme et la gestion des eaux pluviales constitue un autre volet essentiel. Elle implique non seulement les No-Go Zones et No-Expansion Zones mais aussi la limitation de l'imperméabilisation, le calcul des volumes de rétention selon les zones et la période de retour des pluies, ainsi que l'adaptation des bâtiments existants.

Dans certains cas, la relocalisation est envisagée pour les bâtiments exposés à un risque grave ou situés sur des Environmentally Sensitive Areas afin de restaurer leur fonction naturelle. La gestion des inondations repose également sur un suivi et un entretien régulier des réseaux existants.

Les bénéfices des projets sont évalués par les dommages évités, incluant bâtiments et infrastructures routières, selon différents scénarios de profondeur d'inondation. Le niveau de protection est calculé pour des crues sur dix à 100 ans, combinant ralentissement des eaux et protections urbaines, avec une probabilité annuelle de succès variant entre 90 à 99 %, selon la durée et le type de crue.

Les interventions sont priorisées de 1 à 3 et planifiées sur le court terme (un à deux ans), court à moyen terme (deux à trois ans) et moyen terme (trois à cinq ans). Pour assurer la bonne gouvernance, le LDMP recommande l'adoption de bonnes pratiques d'exploitation et d'entretien, la surveillance des chantiers, la soumission standardisée de plans de gestion des eaux pluviales, la comparaison systématique des volumes avant et après développement, ainsi que le nettoyage régulier des rues, drains et cours d'eau.

Par ailleurs, il est indiqué que la maintenance des infrastructures repose sur un plan d'exploitation et un rapport de suivi, incluant des inspections après événements pluvieux majeurs la maintenance préventive et corrective.

Recrutement

Le ministre a également souligné le sous-effectif à la LDA, actuellement dotée de 22 employés, 28 postes supplémentaires sont à pourvoir afin de permettre à l'institution de fonctionner pleinement. Interrogé sur le calendrier de ces recrutements, il a d'abord annoncé que les interviews avaient déjà eu lieu et que les employés prendraient leurs fonctions dans un mois, précisant que l'annonce avait été publiée dans les journaux. Après vérification, il s'avère que dix personnes sont déjà en poste et que les 18 autres seront embauchées prochainement.

Recommandations

L'une des premières recommandations est la mise en place d'un plan d'évacuation d'urgence et d'un protocole de sécurité pour les 16 sites ; en collaboration avec le National Disaster Risk Reduction and Management Centre. Le ministre a rappelé que «la saison des pluies est presque à nos portes. Il est nécessaire de finaliser ce plan d'évacuation et de le mettre en oeuvre selon son protocole... Nous nous donnons deux mois pour accomplir cela.»

Le ministre Gunness a ajouté qu'une unité spéciale serait mise en place pour les travaux de drains, avec pour priorité les 16 sites identifiés, afin de résoudre ou d'atténuer les problèmes d'inondation, malgré les contraintes budgétaires. Il a expliqué que, bien que Rs 2,4 milliards aient déjà été consacrés aux projets de drains en cours, les moyens pour lancer de nouveaux projets restent limités.

La LDA fera prochainement une campagne de sensibilisation pour vulgariser le Master Plan et le DEM, et informer le public sur les zones à risque. L'objectif est de responsabiliser la population, afin d'éviter de jeter des déchets dans les drains, pour lesquels des milliards de roupies ont été dépensées, a ajouté le ministre. Il a aussi souligné que les propriétés sucrières devaient collaborer. «Certains natural drainage path ont été obstrués par la mécanisation. Il faudra construire des bassins capables d'absorber l'eau pour limiter les inondations.»

Étaient présents à cette rencontre avec la presse, S.K. Sobee, secrétaire permanent par intérim à la National Development Unit, N.N. Khedah, directeur de la LDA ; M.J. Ramsamy, secrétaire permanent de la National Infrastructure Division ; S.P. Anadachee, chairperson et lead engineer du LDMP Technical Review Committee ; ainsi que Stéphanie Oudin, représentante de l'Agence française de développement, qui a co-financé le projet.

Les 16 zones à grands risques

Les 16 zones à grands risques sont Nouvelle-France, Bel-Ombre, Grand-Baie/Péreybère, Flic-en-Flac, Port-Louis (Rivière-du-Pouce, La Poudrière Stream, Ruisseau-desCréoles), Port-Louis (La Paix et Canal Anglais), Port-Louis (Rivière-Lataniers) Port-Louis (Canal Dayot), Henrietta (Malakoff), Pointe-aux-Sables, Coteau-Raffin, Roche-Bois, Clémencia/Bel-Air/Olivia/Pont-Lardier, Mapou/Piton/Cottage, Flacq, Vacoas/ Quatre-Bornes, Camp-Caval/Curepipe.

«Fixed penalty notice entre Rs 2 000 et Rs 10 000»

À partir du 1eᣴ octobre, toute personne dont l'eau provenant de la dalle de sa maison se déverse sur la route ou sur le trottoir se verra infliger une «Fixed Penalty Notice», dont le montant variera entre Rs 2 000 et Rs 10 000.

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